拍品专文
Le 11 août 1786, cette paire de fauteuils fait l’objet d’une commande royale à Jean-Baptiste Boulard, menuisier attitré du Garde-meuble royal, pour le cabinet intérieur du roi Louis XVI au Château de Fontainebleau. Sculptés par Nicolas-François Vallois, dorés par Louis-François Chatard et garnis par Claude-François Capin, les plus grands artisans de sièges de l’époque, ces deux fauteuils livrés à la fin de l’année 1786 présentent pourtant une curieuse estampille : celle de Georges Jacob.
Cette commande à lieu dans un contexte de grands travaux de réaménagements des demeures royales initiés par le contrôleur général des finances Charles Alexandre Calonne qui comptait rétablir une certaine confiance vis-à-vis de la Couronne. Dans ce cadre, Thierry de la Ville d’Avray, nommé directeur du Garde-Meuble royal en 1784, fait la commande de nombreux sièges pour le renouvellement des appartements royaux dans presque toutes les résidences. Ces travaux sont si considérables que Jean-Baptiste Boulard doit se faire aider et se voit obligé de déléguer quelques commandes, dont cette paire de fauteuils, qui constitue le seul cas connu de sous-traitance de Boulard à Jacob à Fontainebleau. Les deux ateliers n’étant pas du tout voisins l’un de l’autre, cette sous-traitance repose uniquement sur la confiance absolue que Boulard accordait à Jacob, connaissant la qualité de ses œuvres. Tous deux avaient notamment déjà travaillé ensemble pour la fourniture de plusieurs meubles en 1779 et 1780 pour Bagatelle. Si la Reine et Bonnefoy du Plan accordaient leurs faveurs à Jacob, ils lui reprochaient également, comme à Jean-Henri Riesener, ses prix trop élevés ; la sous-traitance pouvait paraître alors une solution plus économique. Cette confiance perdurera encore longtemps : peu de temps après le décès de Jean-Baptiste Boulard, son fils Michel-Jacques Boulard consent un prêt au couple Georges Jacob pour une série de commandes futures.
La manière dont cette paire de fauteuils est décrite dans l’ordre de commande du 11 août 1786 met en évidence leur importance :
« Pour le Roy à fontainebleau, Cabinet intérieur. Boulard. – Une grande bergère conforme à celle faite pour Versailles, avec son bout de pied cintré.
2 fauteuils à carreaux. (…)
Hauré. – Les sculptures composées de pilastres [sic pour piastres] à la ceinture du siège, rosaces reportées dans les cases des pieds, chandelles et tigettes dans les ciselures, les dossiers ornés d’un chapelet de perles et d’un second ornement de feuilles d’acanthe.
Chartard. – Dorure.
Capin. – Gros de Tours broché fond blanc, fourni par le Sr Michel avec grandes et petites bordures. »
Un peu plus tard, elle réapparait dans un inventaire de Fontainebleau en 1787, comme suit :
« N°22. 2 fauteuils à 625 l. …. 1 250 l.
Couverts de gros de Tours broché fond blanc, à bouquets de fleurs nouées, encadrés d’une bordure dudit gros de Tours de 2 p de large, les bois à la Reine, ceintre surbaissé, sculpté d’un rang de corde à puits et d’un rang de petites feuilles d’ornements et doré. »
Dans ces commandes et inventaires du cabinet intérieur du roi, cette paire de fauteuils est accompagnée d’autres meubles, tels que six chaises, un écran, un fauteuil de bureau, « une grande bergère conforme à celle faite pour Versailles, avec son bout de pied cintré », mais aussi quatre somptueuses consoles semi-circulaires à la ceinture ajourée d’arabesques, les pieds en carquois de flèches enguirlandées de fleurs et couvertes d’un marbre griotte rouge, dont l’une est conservée aujourd'hui au musée du Louvre. Le roi, qui avait conçu son cabinet intérieur proche de son grand appartement, « avait résolu en 1785 de doubler la galerie des Réformés (François Ier) par un bâtiment simple : il disposa ainsi d’un appartement en enfilade : venant du cabinet du conseil, se succédaient la cabinet à la poudre, le cabinet, la bibliothèque, deux petites pièces entresolées ouvrant, l’une sur les lieux à l’Anglaise, l’autre sur l’escalier intérieur qui permettait au souverain de descendre dans ses petits appartements, les deux dernières pièces étant consacrées aux bains … ». A Rambouillet, Saint-Cloud, Compiègne et Fontainebleau, Thierry de la Ville d’Avray conçoit un aménagement harmonieux et cohérent entre ces diverses demeures en faisant appel aux mêmes artisans, pour permettre à la famille royale de ne pas être dépaysée. Il le faisait d’ailleurs reproduire par mimétisme dans ses propres appartements de fonction place Louis XV.
Cette paire de fauteuils est l’une des seules pièces qui subsistent encore de l’ameublement du cabinet intérieur du roi à Fontainebleau. En janvier 1796, tout ce mobilier, comprenant ces fauteuils, est transféré sur coche d’eau de Valvins au pont des Tuileries à Paris. Alors que des centaines de meubles sont acheminés et dispersés, cette paire de fauteuils est installée au palais du Luxembourg lors de son aménagement du début de l’année 1796, avant de perdre leur trace, tout comme le reste des sièges du Cabinet du roi à Fontainebleau. Seule notre paire de fauteuils réapparaîtra sur le marché de l'art presque deux siècles plus tard et sera identifiée par Pierre Verlet.
Ultime et précieux souvenir des dernières grandes politiques de réaménagement des résidences royales à la veille de la Révolution, mais aussi du quotidien du Roi Louis XVI dans son cabinet intérieur au Château de Fontainebleau, cette paire de fauteuils demeure un rare témoignage d’une collaboration miraculeuse entre les deux plus grands maîtres menuisiers de leur temps.
Cette commande à lieu dans un contexte de grands travaux de réaménagements des demeures royales initiés par le contrôleur général des finances Charles Alexandre Calonne qui comptait rétablir une certaine confiance vis-à-vis de la Couronne. Dans ce cadre, Thierry de la Ville d’Avray, nommé directeur du Garde-Meuble royal en 1784, fait la commande de nombreux sièges pour le renouvellement des appartements royaux dans presque toutes les résidences. Ces travaux sont si considérables que Jean-Baptiste Boulard doit se faire aider et se voit obligé de déléguer quelques commandes, dont cette paire de fauteuils, qui constitue le seul cas connu de sous-traitance de Boulard à Jacob à Fontainebleau. Les deux ateliers n’étant pas du tout voisins l’un de l’autre, cette sous-traitance repose uniquement sur la confiance absolue que Boulard accordait à Jacob, connaissant la qualité de ses œuvres. Tous deux avaient notamment déjà travaillé ensemble pour la fourniture de plusieurs meubles en 1779 et 1780 pour Bagatelle. Si la Reine et Bonnefoy du Plan accordaient leurs faveurs à Jacob, ils lui reprochaient également, comme à Jean-Henri Riesener, ses prix trop élevés ; la sous-traitance pouvait paraître alors une solution plus économique. Cette confiance perdurera encore longtemps : peu de temps après le décès de Jean-Baptiste Boulard, son fils Michel-Jacques Boulard consent un prêt au couple Georges Jacob pour une série de commandes futures.
La manière dont cette paire de fauteuils est décrite dans l’ordre de commande du 11 août 1786 met en évidence leur importance :
« Pour le Roy à fontainebleau, Cabinet intérieur. Boulard. – Une grande bergère conforme à celle faite pour Versailles, avec son bout de pied cintré.
2 fauteuils à carreaux. (…)
Hauré. – Les sculptures composées de pilastres [sic pour piastres] à la ceinture du siège, rosaces reportées dans les cases des pieds, chandelles et tigettes dans les ciselures, les dossiers ornés d’un chapelet de perles et d’un second ornement de feuilles d’acanthe.
Chartard. – Dorure.
Capin. – Gros de Tours broché fond blanc, fourni par le Sr Michel avec grandes et petites bordures. »
Un peu plus tard, elle réapparait dans un inventaire de Fontainebleau en 1787, comme suit :
« N°22. 2 fauteuils à 625 l. …. 1 250 l.
Couverts de gros de Tours broché fond blanc, à bouquets de fleurs nouées, encadrés d’une bordure dudit gros de Tours de 2 p de large, les bois à la Reine, ceintre surbaissé, sculpté d’un rang de corde à puits et d’un rang de petites feuilles d’ornements et doré. »
Dans ces commandes et inventaires du cabinet intérieur du roi, cette paire de fauteuils est accompagnée d’autres meubles, tels que six chaises, un écran, un fauteuil de bureau, « une grande bergère conforme à celle faite pour Versailles, avec son bout de pied cintré », mais aussi quatre somptueuses consoles semi-circulaires à la ceinture ajourée d’arabesques, les pieds en carquois de flèches enguirlandées de fleurs et couvertes d’un marbre griotte rouge, dont l’une est conservée aujourd'hui au musée du Louvre. Le roi, qui avait conçu son cabinet intérieur proche de son grand appartement, « avait résolu en 1785 de doubler la galerie des Réformés (François Ier) par un bâtiment simple : il disposa ainsi d’un appartement en enfilade : venant du cabinet du conseil, se succédaient la cabinet à la poudre, le cabinet, la bibliothèque, deux petites pièces entresolées ouvrant, l’une sur les lieux à l’Anglaise, l’autre sur l’escalier intérieur qui permettait au souverain de descendre dans ses petits appartements, les deux dernières pièces étant consacrées aux bains … ». A Rambouillet, Saint-Cloud, Compiègne et Fontainebleau, Thierry de la Ville d’Avray conçoit un aménagement harmonieux et cohérent entre ces diverses demeures en faisant appel aux mêmes artisans, pour permettre à la famille royale de ne pas être dépaysée. Il le faisait d’ailleurs reproduire par mimétisme dans ses propres appartements de fonction place Louis XV.
Cette paire de fauteuils est l’une des seules pièces qui subsistent encore de l’ameublement du cabinet intérieur du roi à Fontainebleau. En janvier 1796, tout ce mobilier, comprenant ces fauteuils, est transféré sur coche d’eau de Valvins au pont des Tuileries à Paris. Alors que des centaines de meubles sont acheminés et dispersés, cette paire de fauteuils est installée au palais du Luxembourg lors de son aménagement du début de l’année 1796, avant de perdre leur trace, tout comme le reste des sièges du Cabinet du roi à Fontainebleau. Seule notre paire de fauteuils réapparaîtra sur le marché de l'art presque deux siècles plus tard et sera identifiée par Pierre Verlet.
Ultime et précieux souvenir des dernières grandes politiques de réaménagement des résidences royales à la veille de la Révolution, mais aussi du quotidien du Roi Louis XVI dans son cabinet intérieur au Château de Fontainebleau, cette paire de fauteuils demeure un rare témoignage d’une collaboration miraculeuse entre les deux plus grands maîtres menuisiers de leur temps.
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