Lot Essay
'Aucun obstacle n’est valable quand on désire donner aux hommes un bien-être auquel ils aspirent.' (R. Herbst, L’architecture humaine)
La trajectoire de René Herbst se déploie à Paris entre 1891 et 1982, il traverse le XXe siècle avec un sens profond de l’engagement et un désir de faire bouger les lignes. Il reçoit une formation classique d’architecte à Paris, mais pour parfaire sa formation, il effectue en 1908 des stages chez des architectes à Londres et à Francfort. On le voit aussi mobilisé, puis engagé volontaire dans l’aviation pendant la grande guerre, il se passionne pour l’art industriel et s’engage après-guerre à défendre une vie moderne. Sa première présentation au Salon d’automne en 1921 interroge le confort, son Coin de repos tire le meilleur parti de l’espace et de la lumière.
Il cherche à multiplier les expériences, collabore avec Madeleine Vionnet, les Galeries Lafayette et expose régulièrement ses ensembles mobilier dans les salons : le salon d’Automne et le salon des Artistes décorateurs. Dans ce dernier, il participe à la nouvelle section Art urbain, renouvelle l’aménagement des boutiques et en particulier la scénographie des vitrines. Il est convaincu que l’éducation du public passe par l’art de la rue. « le décor de la rue fait que nos villes modernes deviendront de véritables musées en plein air. Le public s’instruit plus par ce décor. Il est le compagnon quotidien de ses promenades au travers des rues. » A l’exposition internationale de 1925, il présente 5 boutiques de luxe, sur le pont Alexandre III, La mode de Madeleine Vionnet, Les mannequins Siégel, les pianos Pleyel, les textiles Dumas et les liqueurs Cusenier et la décoration de sa propre boutique. Passé maitre dans l’étalage, il utilise le miroir, l’éclairage et produit des compositions assorties de nombreux meubles très fonctionnels.
Herbst s’impose comme le pionnier du mobilier métallique, baptisé « l’homme de l’acier », il participe de façon très active aux projets de développement de l’Office technique pour l’utilisation de l’acier, l’OTUA. En 1926, il utilise des matériaux modernes tôle, tube d’acier, caoutchouc … pour le « bureau d’un ingénieur » exposé au salon d’automne. Il choisit de produire un art utile. « C’est cette recherche de l’amélioration du standing de vie des hommes qui nous pousse vers la série. » Il devient président de la chambre syndicale des décorateurs modernes et prend la direction de la revue Parade consacrée au décor de la rue de 1927 à 1937. C’est en 1928 au 18ème Salon des artistes décorateurs, que René Herbst participe à une exposition de groupe très avant-gardiste avec Charlotte Perriand et Djo Bourgeois. Son mobilier pour le fumoir comprend des meubles en acier et bois. L’évènement produit une onde de choc, et préfigure l’Union des Artistes Modernes. Devant le refus des organisateurs du salon de les laisser exposer à nouveau ensemble, René Herbst, Charlotte Perriand, Robert Mallet-Stevens, Francis Jourdain, Pierre Chareau, Jean Prouvé, Hélène Henry et Jean Puiforcat etc… fondent l’Union des artistes modernes en mai 1929, un acte de scission. Ils défendent la cause moderne et le principe d’adapter l’esthétique aux possibilités de l’industrie en organisant des expositions. La première se tient en 1930 au pavillon de Marsan, au musée des arts décoratifs. Ils publieront « Pour l’art moderne » un manifeste en 1934. Les participations et initiatives de René Herbst, alternent compositions de vitrine et participation aux expositions avec du mobilier.
Dans les années 30, il s’engage comme décorateur pour des particuliers. Sa commande la plus prestigieuse est celle de l’hôtel particulier du prince Aga Khan (1877-1957), 55 rue Scheffer à Paris. Cet hôtel particulier a été construit en 1891 par l’architecte Etienne Barberot (1846-1925) pour le compte du peintre Guillain. En 1930, la nouvelle propriétaire, la princesse Andrée Aga Khan (1898-1976) fait exécuter des travaux de modernisation et de modification dans la première moitié des années 1930 sur les plans de l'architecte-décorateur René Herbst. Le 7 décembre 1929, Andrée Carron devint la princesse Andrée Aga Khan, épouse du prince Aga Khan III, né sultan Mohammed Chah à Karachi, formé à Eaton, puis Oxford. La jeune femme tient une maison de mode avec sa sœur à Paris 129 boulevard Haussmann. Dès les années 20, elle sollicite René Herbst qui collabore non seulement au projet d’une nouvelle vitrine (Devantures de boutiques, éditions Albert Lévy, Paris, 1927). mais aussi à la décoration intérieure du magasin de mode, pour lequel il dessine du mobilier.
Devenue propriétaire de l'édifice, la princesse Andrée Aga Khan (1898-1976) fait naturellement exécuter les travaux de modernisation et de modification d’après les plans de l'architecte-décorateur René Herbst, avec le concours des maîtres-verriers Louis Barillet et Jacques Le Chevallier, membres de l’UAM. Le chantier dure trois ans de 1930 à 1933. Herbst expose le mobilier remarquable de la salle à manger en palissandre et métal chromé à la Galerie Georges Petit pour la 2ème exposition de UAM, l’étonnante coiffeuse de la princesse en métal au Musée des arts décoratifs pour la 3ème exposition de l’UAM en 1932, le bureau-bibliothèque du prince en acajou et acier nickelé au Musée Galliera pour l’exposition « les métaux dans l’art » en juin 1932, les photographies de l’ensemble de la rénovation à la galerie Renaissance à la 4ème exposition de l’UAM ainsi qu’au salon d’Automne où il présente une table à jeu et ses sièges , enfin l’exposition sur l’art décoratif français à la galerie Bernheim jeune lui donne l’occasion d’exposer le bahut-vaisselier en acajou et métal chromé. Ce chantier est sa fierté, interrogé par le Figaro illustré sur l’avenir du bois face à l’assaut que lui livrent le métal, le marbre et les matières plastiques, il confirme son intérêt pour tous les matériaux et explique ses choix pour le mobilier de l’Aga Khan « le métal et toutes les matières plastiques n’ont pas tué le bois. Le bois trouvera toujours sa place dans certains intérieurs. J’exécute actuellement la décoration d’un hôtel particulier, il ne m’est pas venu à l’idée une seconde l’emploi du métal. L’acier est à sa place et pas plus. Voyez cette table en palissandre, seul le support des pieds est en acier inoxydable parce que je ne vois pas d’autres matériaux plus aptes à résister et plus faciles d’entretien.» (R. Herbst, Figaro illustré courier du 31 août 1931)
Au rez-de-chaussée, la salle à manger est aménagée de façon très fonctionnelle avec des enfilades, une alchimie de bois aux veines contrastées qu’amplifient les miroirs. La table de grand format rectangulaire aux angles arrondis, comporte un plateau imposant plaqué de palissandre sur un piètement central sculptural en bois, circonscrit par un repose pied en tube d’acier chromé fixé sur de petites lames de métal, les sièges sont garnis de cuir vert et un lustre majestueux composé de deux séries de disques et de lamelles de verre fixés sur une structure en forme de lyre en acier chromé diffuse la lumière à l’aplomb de la table. La lumière du jour pénètre dans l’espace de la pièce à travers un large vitrail consacré au thème de la jungle. Herbst maitrise à la perfection la source lumineuse qu’il intègre à l’architecture de façon diffuse et qu’il associe à des jeux de miroirs modulant l’espace à l’infini. Dans le petit bureau du prince Aga Khan, le vitrail suggère sa passion pour les courses hippiques. Dans les années 1920 et 1930, le turf anglais n’est pas exempt de concurrence, l’Aga Khan III rivalise avec les nobles britanniques. Blenheim, Bahram, Mahmoud, My Love ou encore Tulyar sont des vitrines de son écurie. Tous Derby winners, respectivement en 1930, 1935, 1938, 1948 et 1952, ils apportent au prince une notoriété publique outre-Manche.
« Nous sommes les puritains de l’art » annonce-t-il en 1934. René Herbst poursuit son engagement jusqu’à l’Exposition universelle de 1937. Démobilisé en juillet 1940, en résistance contre l’Occupant, il devient membre fondateur, en 1942, du Front national des artistes décorateurs créateurs (FNADC) ou membre du comité directeur de l’Union des intellectuels. Les années postérieures à la guerre confèrent à Herbst une assise et une grande visibilité professionnelle, il passe de l’action au discours et publie le Manifeste en 1949 qui rappelle sa détermination à œuvrer pour un « art de notre temps ». De 1946 à 1958, il devient président de l’UAM. Il entre au conseil d’administration de l’UCAD (Union centrale des arts décoratifs) de 1957 à 1964. De 1950 à 1966, il préside l’association Formes utiles.
Anne Bony
“No obstacle is valid when one seeks to give people a well-being they aspire to.” (R. Herbst, Human Architecture)
René Herbst’s trajectory unfolds in Paris between 1891 and 1982. He spans the twentieth century with a deep sense of commitment and a desire to challenge conventions. He received a classical architectural education in Paris, but to complete his training, he undertook internships in 1908 with architects in London and Frankfurt. He was also mobilized and later volunteered in aviation during the First World War. He developed a passion for industrial art and, after the war, committed himself to advocating for a modern way of life. His first presentation at the Salon d’Automne in 1921 explored the notion of comfort; his Rest Corner made optimal use of space and light.
He sought to multiply his experiences, collaborating with Madeleine Vionnet and the Galeries Lafayette, and regularly exhibited his furniture ensembles in salons such as the Salon d’Automne and the Salon des Artistes Décorateurs. In the latter, he contributed to the new Urban Art section, renewing shop fittings and particularly window display design. He was convinced that public education passed through street art: “The decoration of the street will make our modern cities true open-air museums. The public learns more through this décor; it is the daily companion of their walks through the streets.” At the 1925 International Exhibition, he presented five luxury boutiques on the Pont Alexandre III: Madeleine Vionnet fashion, Siégel mannequins, Pleyel pianos, Dumas textiles, and Cusenier liqueurs, as well as the decoration of his own boutique. A master of display, he used mirrors, lighting, and created compositions accompanied by numerous highly functional pieces of furniture.
Herbst established himself as a pioneer of metal furniture, earning the nickname “the man of steel.” He actively participated in development projects of the Office for the Technical Use of Steel (OTUA). In 1926, he used modern materials—sheet metal, steel tubing, rubber—for the “Engineer’s Office” exhibited at the Salon d’Automne. He chose to produce useful art: “It is this search for improving people’s standard of living that drives us toward mass production.” He became president of the union of modern decorators and directed the journal Parade, devoted to street decoration, from 1927 to 1937. In 1928, at the 18th Salon des Artistes Décorateurs, he took part in a highly avant-garde group exhibition with Charlotte Perriand and Djo Bourgeois. His smoking-room furniture combined steel and wood. The event caused a shockwave and foreshadowed the Union des Artistes Modernes. After the salon organizers refused to let them exhibit together again, René Herbst, Charlotte Perriand, Robert Mallet-Stevens, Francis Jourdain, Pierre Chareau, Jean Prouvé, Hélène Henry, and Jean Puiforcat founded the Union des Artistes Modernes in May 1929—a breakaway movement. They defended the modern cause and the principle of adapting aesthetics to industrial possibilities by organizing exhibitions. The first was held in 1930 at the Pavillon de Marsan, at the Musée des Arts Décoratifs. In 1934, they published For Modern Art, a manifesto. Herbst’s contributions alternated between shop window compositions and exhibition furniture.
In the 1930s, he worked as an interior designer for private clients. His most prestigious commission was the mansion of Prince Aga Khan (1877–1957), at 55 rue Scheffer in Paris. This mansion had been built in 1891 by architect Étienne Barberot for the painter Guillain. In 1930, the new owner, Princess Andrée Aga Khan (1898–1976), commissioned modernization and alterations in the early 1930s based on plans by architect-designer René Herbst. On December 7, 1929, Andrée Carron became Princess Andrée Aga Khan, wife of Aga Khan III, born Sultan Mohammed Shah in Karachi and educated at Eton and Oxford. She ran a fashion house with her sister in Paris at 129 boulevard Haussmann. From the 1920s onward, she called upon René Herbst, who collaborated not only on a new shopfront design but also on the interior decoration of the fashion store, for which he designed furniture.
As the new owner, Princess Andrée Aga Khan naturally had the modernization work carried out according to Herbst’s plans, with the assistance of master glassmakers Louis Barillet and Jacques Le Chevallier, members of the UAM. The project lasted three years, from 1930 to 1933. Herbst exhibited the remarkable dining room furniture in rosewood and chrome-plated metal at Galerie Georges Petit for the UAM’s second exhibition; the princess’s striking metal dressing table at the Musée des Arts Décoratifs for the third UAM exhibition in 1932; the prince’s desk-library in mahogany and nickel-plated steel at the Musée Galliera for the exhibition “Metals in Art” in June 1932; and photographs of the entire renovation at the Galerie Renaissance for the UAM’s fourth exhibition, as well as at the Salon d’Automne, where he presented a card table and its chairs. Finally, the exhibition on French decorative art at Galerie Bernheim-Jeune gave him the opportunity to display a sideboard-cabinet in mahogany and chrome-plated metal. This project was his pride. Asked by Le Figaro illustré about the future of wood in the face of competition from metal, marble, and plastics, he affirmed his interest in all materials and explained his choices for the Aga Khan furnishings: “Metal and all plastic materials have not killed wood. Wood will always have its place in certain interiors. I am currently designing the decoration of a private mansion; it never occurred to me to use metal. Steel has its place—and no more. Look at this rosewood table: only the leg supports are in stainless steel because I see no other material more suitable, more resistant, or easier to maintain.” (Le Figaro illustré, August 31, 1931)
On the ground floor, the dining room was arranged in a highly functional way, with sideboards and a blend of woods with contrasting grains enhanced by mirrors. The large rectangular table with rounded corners featured an imposing rosewood-veneered top resting on a sculptural central wooden base, framed by a chrome-plated steel tube footrest attached to small metal blades. The seats were upholstered in green leather, and a majestic chandelier composed of two series of discs and glass slats mounted on a lyre-shaped chrome steel structure cast light directly over the table. Daylight entered the room through a large stained-glass window on a jungle theme. Herbst mastered light perfectly, integrating it into architecture in a diffuse way and combining it with mirrors to modulate space endlessly. In the prince’s small office, the stained glass suggested his passion for horse racing. In the 1920s and 1930s, British turf racing was highly competitive, and Aga Khan III rivaled British aristocrats. Horses such as Blenheim, Bahram, Mahmoud, My Love, and Tulyar—all Derby winners in 1930, 1935, 1938, 1948, and 1952—brought him great fame in Britain.
“We are the puritans of art,” he declared in 1934. René Herbst continued his commitment up to the 1937 World’s Fair. Demobilized in July 1940, he joined the Resistance against the Occupation and became, in 1942, a founding member of the National Front of Decorative Artist-Creators (FNADC) and a member of the executive committee of the Union of Intellectuals. The postwar years gave Herbst a strong professional standing and great visibility; he shifted from action to discourse and published a manifesto in 1949 reaffirming his determination to work for “an art of our time.” From 1946 to 1958, he served as president of the UAM. He joined the board of the Union Centrale des Arts Décoratifs (UCAD) from 1957 to 1964. From 1950 to 1966, he chaired the association Formes Utiles.
Anne Bony
La trajectoire de René Herbst se déploie à Paris entre 1891 et 1982, il traverse le XXe siècle avec un sens profond de l’engagement et un désir de faire bouger les lignes. Il reçoit une formation classique d’architecte à Paris, mais pour parfaire sa formation, il effectue en 1908 des stages chez des architectes à Londres et à Francfort. On le voit aussi mobilisé, puis engagé volontaire dans l’aviation pendant la grande guerre, il se passionne pour l’art industriel et s’engage après-guerre à défendre une vie moderne. Sa première présentation au Salon d’automne en 1921 interroge le confort, son Coin de repos tire le meilleur parti de l’espace et de la lumière.
Il cherche à multiplier les expériences, collabore avec Madeleine Vionnet, les Galeries Lafayette et expose régulièrement ses ensembles mobilier dans les salons : le salon d’Automne et le salon des Artistes décorateurs. Dans ce dernier, il participe à la nouvelle section Art urbain, renouvelle l’aménagement des boutiques et en particulier la scénographie des vitrines. Il est convaincu que l’éducation du public passe par l’art de la rue. « le décor de la rue fait que nos villes modernes deviendront de véritables musées en plein air. Le public s’instruit plus par ce décor. Il est le compagnon quotidien de ses promenades au travers des rues. » A l’exposition internationale de 1925, il présente 5 boutiques de luxe, sur le pont Alexandre III, La mode de Madeleine Vionnet, Les mannequins Siégel, les pianos Pleyel, les textiles Dumas et les liqueurs Cusenier et la décoration de sa propre boutique. Passé maitre dans l’étalage, il utilise le miroir, l’éclairage et produit des compositions assorties de nombreux meubles très fonctionnels.
Herbst s’impose comme le pionnier du mobilier métallique, baptisé « l’homme de l’acier », il participe de façon très active aux projets de développement de l’Office technique pour l’utilisation de l’acier, l’OTUA. En 1926, il utilise des matériaux modernes tôle, tube d’acier, caoutchouc … pour le « bureau d’un ingénieur » exposé au salon d’automne. Il choisit de produire un art utile. « C’est cette recherche de l’amélioration du standing de vie des hommes qui nous pousse vers la série. » Il devient président de la chambre syndicale des décorateurs modernes et prend la direction de la revue Parade consacrée au décor de la rue de 1927 à 1937. C’est en 1928 au 18ème Salon des artistes décorateurs, que René Herbst participe à une exposition de groupe très avant-gardiste avec Charlotte Perriand et Djo Bourgeois. Son mobilier pour le fumoir comprend des meubles en acier et bois. L’évènement produit une onde de choc, et préfigure l’Union des Artistes Modernes. Devant le refus des organisateurs du salon de les laisser exposer à nouveau ensemble, René Herbst, Charlotte Perriand, Robert Mallet-Stevens, Francis Jourdain, Pierre Chareau, Jean Prouvé, Hélène Henry et Jean Puiforcat etc… fondent l’Union des artistes modernes en mai 1929, un acte de scission. Ils défendent la cause moderne et le principe d’adapter l’esthétique aux possibilités de l’industrie en organisant des expositions. La première se tient en 1930 au pavillon de Marsan, au musée des arts décoratifs. Ils publieront « Pour l’art moderne » un manifeste en 1934. Les participations et initiatives de René Herbst, alternent compositions de vitrine et participation aux expositions avec du mobilier.
Dans les années 30, il s’engage comme décorateur pour des particuliers. Sa commande la plus prestigieuse est celle de l’hôtel particulier du prince Aga Khan (1877-1957), 55 rue Scheffer à Paris. Cet hôtel particulier a été construit en 1891 par l’architecte Etienne Barberot (1846-1925) pour le compte du peintre Guillain. En 1930, la nouvelle propriétaire, la princesse Andrée Aga Khan (1898-1976) fait exécuter des travaux de modernisation et de modification dans la première moitié des années 1930 sur les plans de l'architecte-décorateur René Herbst. Le 7 décembre 1929, Andrée Carron devint la princesse Andrée Aga Khan, épouse du prince Aga Khan III, né sultan Mohammed Chah à Karachi, formé à Eaton, puis Oxford. La jeune femme tient une maison de mode avec sa sœur à Paris 129 boulevard Haussmann. Dès les années 20, elle sollicite René Herbst qui collabore non seulement au projet d’une nouvelle vitrine (Devantures de boutiques, éditions Albert Lévy, Paris, 1927). mais aussi à la décoration intérieure du magasin de mode, pour lequel il dessine du mobilier.
Devenue propriétaire de l'édifice, la princesse Andrée Aga Khan (1898-1976) fait naturellement exécuter les travaux de modernisation et de modification d’après les plans de l'architecte-décorateur René Herbst, avec le concours des maîtres-verriers Louis Barillet et Jacques Le Chevallier, membres de l’UAM. Le chantier dure trois ans de 1930 à 1933. Herbst expose le mobilier remarquable de la salle à manger en palissandre et métal chromé à la Galerie Georges Petit pour la 2ème exposition de UAM, l’étonnante coiffeuse de la princesse en métal au Musée des arts décoratifs pour la 3ème exposition de l’UAM en 1932, le bureau-bibliothèque du prince en acajou et acier nickelé au Musée Galliera pour l’exposition « les métaux dans l’art » en juin 1932, les photographies de l’ensemble de la rénovation à la galerie Renaissance à la 4ème exposition de l’UAM ainsi qu’au salon d’Automne où il présente une table à jeu et ses sièges , enfin l’exposition sur l’art décoratif français à la galerie Bernheim jeune lui donne l’occasion d’exposer le bahut-vaisselier en acajou et métal chromé. Ce chantier est sa fierté, interrogé par le Figaro illustré sur l’avenir du bois face à l’assaut que lui livrent le métal, le marbre et les matières plastiques, il confirme son intérêt pour tous les matériaux et explique ses choix pour le mobilier de l’Aga Khan « le métal et toutes les matières plastiques n’ont pas tué le bois. Le bois trouvera toujours sa place dans certains intérieurs. J’exécute actuellement la décoration d’un hôtel particulier, il ne m’est pas venu à l’idée une seconde l’emploi du métal. L’acier est à sa place et pas plus. Voyez cette table en palissandre, seul le support des pieds est en acier inoxydable parce que je ne vois pas d’autres matériaux plus aptes à résister et plus faciles d’entretien.» (R. Herbst, Figaro illustré courier du 31 août 1931)
Au rez-de-chaussée, la salle à manger est aménagée de façon très fonctionnelle avec des enfilades, une alchimie de bois aux veines contrastées qu’amplifient les miroirs. La table de grand format rectangulaire aux angles arrondis, comporte un plateau imposant plaqué de palissandre sur un piètement central sculptural en bois, circonscrit par un repose pied en tube d’acier chromé fixé sur de petites lames de métal, les sièges sont garnis de cuir vert et un lustre majestueux composé de deux séries de disques et de lamelles de verre fixés sur une structure en forme de lyre en acier chromé diffuse la lumière à l’aplomb de la table. La lumière du jour pénètre dans l’espace de la pièce à travers un large vitrail consacré au thème de la jungle. Herbst maitrise à la perfection la source lumineuse qu’il intègre à l’architecture de façon diffuse et qu’il associe à des jeux de miroirs modulant l’espace à l’infini. Dans le petit bureau du prince Aga Khan, le vitrail suggère sa passion pour les courses hippiques. Dans les années 1920 et 1930, le turf anglais n’est pas exempt de concurrence, l’Aga Khan III rivalise avec les nobles britanniques. Blenheim, Bahram, Mahmoud, My Love ou encore Tulyar sont des vitrines de son écurie. Tous Derby winners, respectivement en 1930, 1935, 1938, 1948 et 1952, ils apportent au prince une notoriété publique outre-Manche.
« Nous sommes les puritains de l’art » annonce-t-il en 1934. René Herbst poursuit son engagement jusqu’à l’Exposition universelle de 1937. Démobilisé en juillet 1940, en résistance contre l’Occupant, il devient membre fondateur, en 1942, du Front national des artistes décorateurs créateurs (FNADC) ou membre du comité directeur de l’Union des intellectuels. Les années postérieures à la guerre confèrent à Herbst une assise et une grande visibilité professionnelle, il passe de l’action au discours et publie le Manifeste en 1949 qui rappelle sa détermination à œuvrer pour un « art de notre temps ». De 1946 à 1958, il devient président de l’UAM. Il entre au conseil d’administration de l’UCAD (Union centrale des arts décoratifs) de 1957 à 1964. De 1950 à 1966, il préside l’association Formes utiles.
Anne Bony
“No obstacle is valid when one seeks to give people a well-being they aspire to.” (R. Herbst, Human Architecture)
René Herbst’s trajectory unfolds in Paris between 1891 and 1982. He spans the twentieth century with a deep sense of commitment and a desire to challenge conventions. He received a classical architectural education in Paris, but to complete his training, he undertook internships in 1908 with architects in London and Frankfurt. He was also mobilized and later volunteered in aviation during the First World War. He developed a passion for industrial art and, after the war, committed himself to advocating for a modern way of life. His first presentation at the Salon d’Automne in 1921 explored the notion of comfort; his Rest Corner made optimal use of space and light.
He sought to multiply his experiences, collaborating with Madeleine Vionnet and the Galeries Lafayette, and regularly exhibited his furniture ensembles in salons such as the Salon d’Automne and the Salon des Artistes Décorateurs. In the latter, he contributed to the new Urban Art section, renewing shop fittings and particularly window display design. He was convinced that public education passed through street art: “The decoration of the street will make our modern cities true open-air museums. The public learns more through this décor; it is the daily companion of their walks through the streets.” At the 1925 International Exhibition, he presented five luxury boutiques on the Pont Alexandre III: Madeleine Vionnet fashion, Siégel mannequins, Pleyel pianos, Dumas textiles, and Cusenier liqueurs, as well as the decoration of his own boutique. A master of display, he used mirrors, lighting, and created compositions accompanied by numerous highly functional pieces of furniture.
Herbst established himself as a pioneer of metal furniture, earning the nickname “the man of steel.” He actively participated in development projects of the Office for the Technical Use of Steel (OTUA). In 1926, he used modern materials—sheet metal, steel tubing, rubber—for the “Engineer’s Office” exhibited at the Salon d’Automne. He chose to produce useful art: “It is this search for improving people’s standard of living that drives us toward mass production.” He became president of the union of modern decorators and directed the journal Parade, devoted to street decoration, from 1927 to 1937. In 1928, at the 18th Salon des Artistes Décorateurs, he took part in a highly avant-garde group exhibition with Charlotte Perriand and Djo Bourgeois. His smoking-room furniture combined steel and wood. The event caused a shockwave and foreshadowed the Union des Artistes Modernes. After the salon organizers refused to let them exhibit together again, René Herbst, Charlotte Perriand, Robert Mallet-Stevens, Francis Jourdain, Pierre Chareau, Jean Prouvé, Hélène Henry, and Jean Puiforcat founded the Union des Artistes Modernes in May 1929—a breakaway movement. They defended the modern cause and the principle of adapting aesthetics to industrial possibilities by organizing exhibitions. The first was held in 1930 at the Pavillon de Marsan, at the Musée des Arts Décoratifs. In 1934, they published For Modern Art, a manifesto. Herbst’s contributions alternated between shop window compositions and exhibition furniture.
In the 1930s, he worked as an interior designer for private clients. His most prestigious commission was the mansion of Prince Aga Khan (1877–1957), at 55 rue Scheffer in Paris. This mansion had been built in 1891 by architect Étienne Barberot for the painter Guillain. In 1930, the new owner, Princess Andrée Aga Khan (1898–1976), commissioned modernization and alterations in the early 1930s based on plans by architect-designer René Herbst. On December 7, 1929, Andrée Carron became Princess Andrée Aga Khan, wife of Aga Khan III, born Sultan Mohammed Shah in Karachi and educated at Eton and Oxford. She ran a fashion house with her sister in Paris at 129 boulevard Haussmann. From the 1920s onward, she called upon René Herbst, who collaborated not only on a new shopfront design but also on the interior decoration of the fashion store, for which he designed furniture.
As the new owner, Princess Andrée Aga Khan naturally had the modernization work carried out according to Herbst’s plans, with the assistance of master glassmakers Louis Barillet and Jacques Le Chevallier, members of the UAM. The project lasted three years, from 1930 to 1933. Herbst exhibited the remarkable dining room furniture in rosewood and chrome-plated metal at Galerie Georges Petit for the UAM’s second exhibition; the princess’s striking metal dressing table at the Musée des Arts Décoratifs for the third UAM exhibition in 1932; the prince’s desk-library in mahogany and nickel-plated steel at the Musée Galliera for the exhibition “Metals in Art” in June 1932; and photographs of the entire renovation at the Galerie Renaissance for the UAM’s fourth exhibition, as well as at the Salon d’Automne, where he presented a card table and its chairs. Finally, the exhibition on French decorative art at Galerie Bernheim-Jeune gave him the opportunity to display a sideboard-cabinet in mahogany and chrome-plated metal. This project was his pride. Asked by Le Figaro illustré about the future of wood in the face of competition from metal, marble, and plastics, he affirmed his interest in all materials and explained his choices for the Aga Khan furnishings: “Metal and all plastic materials have not killed wood. Wood will always have its place in certain interiors. I am currently designing the decoration of a private mansion; it never occurred to me to use metal. Steel has its place—and no more. Look at this rosewood table: only the leg supports are in stainless steel because I see no other material more suitable, more resistant, or easier to maintain.” (Le Figaro illustré, August 31, 1931)
On the ground floor, the dining room was arranged in a highly functional way, with sideboards and a blend of woods with contrasting grains enhanced by mirrors. The large rectangular table with rounded corners featured an imposing rosewood-veneered top resting on a sculptural central wooden base, framed by a chrome-plated steel tube footrest attached to small metal blades. The seats were upholstered in green leather, and a majestic chandelier composed of two series of discs and glass slats mounted on a lyre-shaped chrome steel structure cast light directly over the table. Daylight entered the room through a large stained-glass window on a jungle theme. Herbst mastered light perfectly, integrating it into architecture in a diffuse way and combining it with mirrors to modulate space endlessly. In the prince’s small office, the stained glass suggested his passion for horse racing. In the 1920s and 1930s, British turf racing was highly competitive, and Aga Khan III rivaled British aristocrats. Horses such as Blenheim, Bahram, Mahmoud, My Love, and Tulyar—all Derby winners in 1930, 1935, 1938, 1948, and 1952—brought him great fame in Britain.
“We are the puritans of art,” he declared in 1934. René Herbst continued his commitment up to the 1937 World’s Fair. Demobilized in July 1940, he joined the Resistance against the Occupation and became, in 1942, a founding member of the National Front of Decorative Artist-Creators (FNADC) and a member of the executive committee of the Union of Intellectuals. The postwar years gave Herbst a strong professional standing and great visibility; he shifted from action to discourse and published a manifesto in 1949 reaffirming his determination to work for “an art of our time.” From 1946 to 1958, he served as president of the UAM. He joined the board of the Union Centrale des Arts Décoratifs (UCAD) from 1957 to 1964. From 1950 to 1966, he chaired the association Formes Utiles.
Anne Bony
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
.jpg?w=1)
