Descriptif du lot
Âgé de trente-trois ans, Eugène Delacroix accompagne la délégation diplomatique du comte Charles-Édouard de Mornay (1803-1878), envoyée par Louis-Philippe au Maroc auprès du sultan Moulay-Abd-er-Rahman (1778-1859). Cette entreprise vise à renforcer les relations pacifiques avec l’empereur et rassurer la puissance britannique implantée commercialement dans le pays.
Arrivés à Tanger le 24 février 1832, ils traversent le Nord du Maroc à cheval pour arriver à Meknès le 15 mars, où ils séjourneront vingt jours. L’arrivée dans cette ville bouleverse profondément la perception d'Eugène Delacroix : ‘C’est furieusement l’Afrique à présent. Notre entrée ici est d’une beauté extrême, et c’est un plaisir qu’on peut fort bien souhaiter n’éprouver qu’une fois en sa vie’ (E. Delacroix, Lettre à Jean-Baptiste Pierret, 16 mars 1832, Correspondance générale, I, 1936, p. 320).
La fascination de l’Orient animait déjà le jeune Delacroix comme en témoignent les compositions orientalistes remarquées au Salon, telles que Scènes de massacres à Scio de 1824 (musée du Louvre, inv. 3823) ou La Mort de Sardanapale trois ans plus tard (musée du Louvre, inv. RF 2346). Mais parcourant le pays de ville en ville, la découverte de cette culture jusque-là uniquement rêvée est révélatrice pour l’œil de l’artiste. Cette expérience initiatrice insuffle en lui un nouvel élan créatif qui nourrira son œuvre jusqu’à la fin de sa vie. Durant son voyage, il réalise des centaines de croquis de petits formats au graphite pris sur le vif, qu’il réhausse ensuite d’aquarelle.
Ce corpus forme un très célèbre témoignage de ce voyage, et Delacroix reprendra ses souvenirs dessinés dans des dizaines de toiles. Le sujet de la présente feuille a donné lieu à une composition peinte présentée au Salon de 1837, intitulée Corps de garde à Meknès ou Marocains endormis (fig. 1 ; Wuppertal, Von der Heydt Museum, inv. G 1297 ; L. Johnson, The Paintings of Eugène Delacroix, A Critical Catalogue 1816-1831, 1981, III, n° 374, IV, pl. 184). Une réplique autographe de 1846 commandée par M. de Cailleux, directeur des musées, agissant au nom du duc d’Aumale, se trouve aujourd’hui au musée Condé (inv. PE 457 ; Johnson, op. cit., III, n° 375, IV, pl. 185).
Le sujet dessiné fut traité à trois reprises avant d’être repris à l’huile cinq ans plus tard. Dans le folio 25 du ‘Carnet Burty’ utilisé de mars à mai 1832 et conservé au musée du Louvre, un croquis, d'une vue du Corps de garde de Meknès, montre comment Delacroix passe d’une esquisse rapide à une œuvre autonome très détaillée. La présente feuille correspond ainsi à la deuxième version de cette composition, exécutée à son retour en 1833 (A. Robaut, L’Œuvre complet d’Eugène Delacroix, Paris, 1885, n° 507). Elle est conçue tel un ricordo, souvenir pour le Comte de Mornay (voir provenance) et insérée dans un album de dix-huit aquarelles, exécutées pendant la quinzaine de jours passés à Toulon, et offertes à l’ancien gentilhomme de la Chambre sous Charles X afin de témoigner de sa gratitude pour le voyage.
Dispersées en vente publique le 29 mars 1877, certaines aquarelles de cet album sont conservées dans les plus grandes institutions : deux au Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 1972.118.210 et 63.215), deux au musée du Louvre (inv. RF 3372 et RF 4612), une au Fine Arts Museum de San Francisco (inv. 1951.35) et une au Fogg Art Museum de Cambridge (inv. 1943.351).
Ici, l’artiste représente deux gardes alaouites assoupis, enveloppés dans leurs burnous blancs. L’œuvre témoigne de la grande attention portée par Delacroix à la représentation fidèle de ces soldats comme avec son Arabe debout, passé en vente chez Christie’s Paris le 24 mars 2021, lot 87 (fig. 2 ; Robaut, op. cit., 1885, n° 1587). Il trouve dans la représentation de ces figures, de nouveaux modèles dont la noblesse de l’allure est comparable à celle des héros de l’Antiquité grecque : ‘tout cela en blanc comme les sénateurs de Rome et les Panathénées d’Athènes’ (E. Delacroix, op. cit., 29 février 1832, p. 319).
Au premier plan reposent une selle et une sangle. Une source de lumière venue de la droite révèle, à l’arrière-plan, un amas d’autres vêtements, de harnachements équestres, une gargoulette ainsi que deux longs fusils utilisés pour les fantasias, exercices militaires démontrant l’adresse des cavaliers au combat. Cette scène peut-être rapprochée d’un autre dessin de l’album Mornay représentant un chef militaire Le Caïd Mohammed-ben-Abou, drapé de blanc et bleu, dans la quiétude de son intérieur aux murs blancs (fig. 3, collection particulière ; Robaut, op. cit. 1885, n° 509).
Dans un très bel état de conservation et d’une grande fraîcheur, cette aquarelle, dont la plupart des autres de la même série ayant appartenu au comte de Mornay sont conservés dans de grandes institutions internationales, réapparaît aujourd’hui sur le marché, après avoir été à l'abri des regards depuis son dernier passage en vente aux enchères, il y a plus d’un demi-siècle.
Fig. 1 : E.-V.-F. Delacroix, Corps de garde à Meknès ou Marocains endormis, huile sur toile, Von der Heydt Museum.
Fig. 2 : E.-V.-F. Delacroix, Arabe debout, graphique, aquarelle et gouache, Collection particulière.
Fig. 3 : E.-V.-F. Delacroix, Le Caïd Mohammed-ben-Abou dans un intérieur, aquarelle, Collection particulière.
Arrivés à Tanger le 24 février 1832, ils traversent le Nord du Maroc à cheval pour arriver à Meknès le 15 mars, où ils séjourneront vingt jours. L’arrivée dans cette ville bouleverse profondément la perception d'Eugène Delacroix : ‘C’est furieusement l’Afrique à présent. Notre entrée ici est d’une beauté extrême, et c’est un plaisir qu’on peut fort bien souhaiter n’éprouver qu’une fois en sa vie’ (E. Delacroix, Lettre à Jean-Baptiste Pierret, 16 mars 1832, Correspondance générale, I, 1936, p. 320).
La fascination de l’Orient animait déjà le jeune Delacroix comme en témoignent les compositions orientalistes remarquées au Salon, telles que Scènes de massacres à Scio de 1824 (musée du Louvre, inv. 3823) ou La Mort de Sardanapale trois ans plus tard (musée du Louvre, inv. RF 2346). Mais parcourant le pays de ville en ville, la découverte de cette culture jusque-là uniquement rêvée est révélatrice pour l’œil de l’artiste. Cette expérience initiatrice insuffle en lui un nouvel élan créatif qui nourrira son œuvre jusqu’à la fin de sa vie. Durant son voyage, il réalise des centaines de croquis de petits formats au graphite pris sur le vif, qu’il réhausse ensuite d’aquarelle.
Ce corpus forme un très célèbre témoignage de ce voyage, et Delacroix reprendra ses souvenirs dessinés dans des dizaines de toiles. Le sujet de la présente feuille a donné lieu à une composition peinte présentée au Salon de 1837, intitulée Corps de garde à Meknès ou Marocains endormis (fig. 1 ; Wuppertal, Von der Heydt Museum, inv. G 1297 ; L. Johnson, The Paintings of Eugène Delacroix, A Critical Catalogue 1816-1831, 1981, III, n° 374, IV, pl. 184). Une réplique autographe de 1846 commandée par M. de Cailleux, directeur des musées, agissant au nom du duc d’Aumale, se trouve aujourd’hui au musée Condé (inv. PE 457 ; Johnson, op. cit., III, n° 375, IV, pl. 185).
Le sujet dessiné fut traité à trois reprises avant d’être repris à l’huile cinq ans plus tard. Dans le folio 25 du ‘Carnet Burty’ utilisé de mars à mai 1832 et conservé au musée du Louvre, un croquis, d'une vue du Corps de garde de Meknès, montre comment Delacroix passe d’une esquisse rapide à une œuvre autonome très détaillée. La présente feuille correspond ainsi à la deuxième version de cette composition, exécutée à son retour en 1833 (A. Robaut, L’Œuvre complet d’Eugène Delacroix, Paris, 1885, n° 507). Elle est conçue tel un ricordo, souvenir pour le Comte de Mornay (voir provenance) et insérée dans un album de dix-huit aquarelles, exécutées pendant la quinzaine de jours passés à Toulon, et offertes à l’ancien gentilhomme de la Chambre sous Charles X afin de témoigner de sa gratitude pour le voyage.
Dispersées en vente publique le 29 mars 1877, certaines aquarelles de cet album sont conservées dans les plus grandes institutions : deux au Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 1972.118.210 et 63.215), deux au musée du Louvre (inv. RF 3372 et RF 4612), une au Fine Arts Museum de San Francisco (inv. 1951.35) et une au Fogg Art Museum de Cambridge (inv. 1943.351).
Ici, l’artiste représente deux gardes alaouites assoupis, enveloppés dans leurs burnous blancs. L’œuvre témoigne de la grande attention portée par Delacroix à la représentation fidèle de ces soldats comme avec son Arabe debout, passé en vente chez Christie’s Paris le 24 mars 2021, lot 87 (fig. 2 ; Robaut, op. cit., 1885, n° 1587). Il trouve dans la représentation de ces figures, de nouveaux modèles dont la noblesse de l’allure est comparable à celle des héros de l’Antiquité grecque : ‘tout cela en blanc comme les sénateurs de Rome et les Panathénées d’Athènes’ (E. Delacroix, op. cit., 29 février 1832, p. 319).
Au premier plan reposent une selle et une sangle. Une source de lumière venue de la droite révèle, à l’arrière-plan, un amas d’autres vêtements, de harnachements équestres, une gargoulette ainsi que deux longs fusils utilisés pour les fantasias, exercices militaires démontrant l’adresse des cavaliers au combat. Cette scène peut-être rapprochée d’un autre dessin de l’album Mornay représentant un chef militaire Le Caïd Mohammed-ben-Abou, drapé de blanc et bleu, dans la quiétude de son intérieur aux murs blancs (fig. 3, collection particulière ; Robaut, op. cit. 1885, n° 509).
Dans un très bel état de conservation et d’une grande fraîcheur, cette aquarelle, dont la plupart des autres de la même série ayant appartenu au comte de Mornay sont conservés dans de grandes institutions internationales, réapparaît aujourd’hui sur le marché, après avoir été à l'abri des regards depuis son dernier passage en vente aux enchères, il y a plus d’un demi-siècle.
Fig. 1 : E.-V.-F. Delacroix, Corps de garde à Meknès ou Marocains endormis, huile sur toile, Von der Heydt Museum.
Fig. 2 : E.-V.-F. Delacroix, Arabe debout, graphique, aquarelle et gouache, Collection particulière.
Fig. 3 : E.-V.-F. Delacroix, Le Caïd Mohammed-ben-Abou dans un intérieur, aquarelle, Collection particulière.
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