Descrizione dettagliata lotto
Les tapis de la Savonnerie de l'époque de Louis XIII incarnent l'alliance de la magnificence royale et de la maîtrise artistique. Tissés non seulement pour orner les palais, mais également destinés à être offerts comme présents diplomatiques, ils constituaient une véritable proclamation de la suprématie du goût et du savoir-faire français. Par ses dimensions monumentales et son remarquable état de conservation, le présent tapis représente un enrichissement majeur — et jusqu'à présent inédit — du corpus des tapis de la Savonnerie dits « Louis XIII ». Il est demeuré pendant plusieurs décennies la pièce maîtresse de la collection de Doña Graziella Ortiz Linares, puis de ses descendants.
Si sa conception générale s'inscrit étroitement dans la tradition des tapis connus de ce groupe, il présente néanmoins plusieurs caractéristiques distinctives qui annoncent déjà les extraordinaires séries commandées par Louis XIV pour le palais du Louvre. À ce titre, il constitue un jalon essentiel pour comprendre l'évolution des modèles de la Savonnerie avant 1660, tout en étant aussi important sur le plan historique qu'exceptionnel par ses qualités esthétiques.
Dans son ouvrage de référence consacré à la Savonnerie, Pierre Verlet écrivait : « Les collectionneurs d'aujourd'hui témoignent d'une prédilection particulière pour ces premières productions de ce qui allait devenir la grande Manufacture royale » (P. Verlet, La Collection James A. de Rothschild à Waddesdon Manor: La Savonnerie, 1982, p.166).
L'aube de la Manufacture royale de la Savonnerie
Le tapis de la collection Ortiz appartient à un groupe ancien de tapis français de la Savonnerie tissés au cours d'une période comprise entre la mort de Louis XIII, en 1643, et les premières années qui suivirent l'avènement personnel de Louis XIV en 1661. Ils sont néanmoins communément désignés sous le nom de tapis « Louis XIII », afin de les distinguer des compositions plus fastueuses et monumentales conçues par Charles Le Brun pour les prestigieuses commandes de Louis XIV destinées à la Galerie d'Apollon et à la Grande Galerie du palais du Louvre.
La création de cette manufacture (fig. 1) s'inscrivait dans une politique royale plus vaste visant à favoriser les industries françaises du luxe, afin de réduire la dépendance du royaume aux importations et de renforcer son autonomie économique et culturelle. Henri IV (r. 1589-1610) encouragea ainsi la production française de tapis en concédant, le 4 janvier 1608, à Pierre Dupont (vers 1577-1640), « tapissier ordinaire en tapis de Turquie et façons de Levant », des ateliers installés dans les sous-sols du Louvre, sous la Grande Galerie (voir P. Verlet, op. cit., p. 28).
L'un des apprentis de Dupont, Simon Lourdet (vers 1595-1667), acquit rapidement une telle maîtrise de son métier qu'il sut gagner les faveurs de la reine Marie de Médicis, qui l'autorisa à établir un second atelier dans l'ancienne manufacture de savon de Chaillot — la « Savonnerie » — dont la manufacture tira par la suite son nom. En 1626, Dupont et Lourdet conclurent un accord d'association afin de partager les frais et les bénéfices de leurs deux ateliers, lesquels produisirent jusqu'en 1664 des tapis de conception très similaire.
Il semble que les deux manufactures aient exécuté des modèles pratiquement identiques et, en l'absence de documents d'archives pour cette période, il est aujourd'hui extrêmement difficile d'attribuer avec certitude le présent tapis à l'un ou l'autre atelier. Pierre Verlet a toutefois avancé que les tapis de très grandes dimensions, tel celui-ci, étaient vraisemblablement tissés à l'atelier de Chaillot plutôt qu'à celui du Louvre, les métiers à tisser plus importants de la Savonnerie de Chaillot étant mieux adaptés à la réalisation d'ouvrages d'une telle envergure.
Les échanges culturels à la cour royale
Si l'auteur du dessin de ce tapis demeure inconnu, ses sources d'inspiration apparaissent en revanche avec une grande clarté. Son décor témoigne d'une remarquable synthèse entre le goût européen pour l'exotisme — nourri par les tapis de cour safavides, moghols et ottomans — et l'engouement occidental pour les fleurs, les broderies et la peinture de nature morte. L'inventaire royal dressé à partir de 1663 par Berbier du Metz mentionne ainsi de nombreux tapis d'origine orientale, « du Caire, de Perse et de Turquie », soulignant le prestige dont jouissaient ces œuvres à la cour (J. Guiffrey, Inventaire des tapis de Louis XIV, I, Paris, 1886, p. 172). De même, Les Tapisseries de l'Histoire du Roi, prestigieuse série de seize tapisseries exécutées dans les ateliers royaux des Gobelins entre 1665 et 1681 sous la direction de Charles Le Brun (1619-1690), représentent plusieurs tapis de cour persans safavides à décor de palmettes, ainsi que de somptueux tapis dits « polonais », tissés de soie et de fils métalliques, probablement à Kashan. Ces représentations illustrent les riches échanges artistiques qui s'établirent alors entre l'Orient et l'Occident.
Les tapis de la Savonnerie de cette période présentent de nombreuses caractéristiques communes, au premier rang desquelles un fond noir profond, bleu indigo soutenu ou, plus rarement, brun foncé, entièrement couvert d'une profusion de fleurs printanières traitées avec un naturalisme remarquable, produisant un spectaculaire effet de millefleurs. Le présent tapis offre une véritable prairie foisonnante où se distinguent iris, œillets, renoncules, tulipes, jonquilles, pivoines et narcisses, autant de fleurs considérées alors comme les plus rares, les plus raffinées et les plus exotiques. Des grappes de raisin s'échappent des cornes d'abondance disposées au-dessus et au-dessous de la couronne centrale.
Si la représentation des fleurs dans les tapis safavides contemporains du XVIIe siècle évolua vers un naturalisme toujours plus affirmé sous le règne du shah Abbas, l'observation de la nature atteint un degré de fidélité encore supérieur dans les tapis français de la même époque. Cette évolution s'inscrit dans la continuité de la tradition européenne des tapisseries à millefleurs du XVIe siècle, dont les ateliers français héritèrent directement.
Cette inclination vers le naturalisme fut également nourrie par les natures mortes françaises et flamandes contemporaines, notamment celles de Jan Brueghel l'Ancien (1568-1625), considéré comme l'un des pionniers de la nature morte florale. Ses compositions botaniques, d'une précision exceptionnelle, réunissent des fleurs appartenant à différentes saisons, peintes à partir d'études réalisées tout au long de l'année, témoignant d'une observation attentive du monde végétal qui trouva un écho direct dans les créations de la Savonnerie (fig. 2).
Parmi les autres artistes ayant nourri ce courant figurent Jacques Linard (1598-1645), Paul Androuet du Cerceau (1623-1710) et Georges Baussonnet (1577-1644). Les dessins de ce dernier présentent des fleurs très proches de celles représentées sur ces tapis, et plusieurs de ses études préparatoires, exécutées vers 1610-1620, sont aujourd'hui conservées à la bibliothèque municipale de Reims (P. Verlet, op. cit., pp. 163-165, fig. 99, 100 et 101). Son nom a également été associé à plusieurs tapis de cette période, notamment à celui conservé au musée du Louvre (OA 6256), réalisé dans les ateliers de Chaillot vers 1640-1650, à un autre exemplaire conservé à Waddesdon Manor (illustré dans D. Alcouffe, Un temps d'exubérance. Les arts décoratifs sous Louis XIII et Anne d'Autriche, p. 181, fig. 1), ainsi qu'à un troisième tapis vendu chez Christie's, New York, le 26 octobre 2001 (lot 48) (fig. 4). Si le répertoire ornemental de cette manufacture encore récente demeurait relativement limité, sa diffusion témoigne du succès immédiat de ces modèles, qui trouvèrent rapidement faveur auprès de la cour.
Une autre source d'inspiration essentielle pour ce groupe de tapis réside dans les spectaculaires plateaux de tables italiens en pietra dura, réalisés notamment dans les ateliers grand-ducaux de Florence (fig. 3). Le cardinal Jules Mazarin (1602-1661) fut l'un des premiers, et sans doute le plus fervent, amateur de pietra dura en France. Sa passion pour les objets italiens en pierres dures suscita un véritable engouement, que Louis XIV fit sien par la suite, favorisant la création d'ateliers parisiens spécialisés ainsi que la constitution d'une prestigieuse collection de vases en pierres dures, les célèbres « gemmes de la Couronne », héritées en grande partie du cardinal Mazarin et aujourd'hui conservées pour nombre d'entre elles au musée du Louvre (inv. OA 12436).
La fascination de l'Europe du XVIIe siècle pour l'exotisme transparaît également dans plusieurs motifs du présent tapis. Parmi les fleurs figurées apparaît la tulipe, dont les précieux bulbes étaient importés des Provinces-Unies à des prix exorbitants afin de satisfaire la « tulipomanie » qui s'empara de la France au début du XVIIe siècle, époque où les dames de la haute société arboraient parfois une fleur unique comme un ornement aussi précieux qu'un bijou. Un tapis comparable, réalisé dans les ateliers de Chaillot et conservé au Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 1976.155.111) (fig. 6), associe les mêmes motifs de tulipes à des vases de porcelaine bleu et blanc, reflet de l'engouement pour les porcelaines chinoises importées en Europe par les navires des Compagnies des Indes orientales. Les pivoines, symbole d'éternité dans la culture chinoise, ont également pu contribuer à l'élaboration de ce vocabulaire décoratif.
Quelques années plus tard, Marco Antonio Giustiniani, ambassadeur de la République de Venise auprès de la cour de France entre 1665 et 1668, résumait parfaitement cette synthèse artistique en écrivant : « Nous avons appris de la Perse l'art du tapis, mais les plus beaux et les plus élégants sont fabriqués à Paris » (cité par P. Verlet, op. cit., p. 166).
Les commanditaires
Une lettre échangée en 1652 entre Catherine de France, dite Madame Royale, et sa fille, la duchesse de Bavière, indique qu'un tapis de la Savonnerie était estimé entre 2 100 et 2 600 livres, tandis que son exécution nécessitait environ une année de travail (Archivio di Stato, Turin, Lettere Ministri Francia, 58, dossier 3). De telles œuvres constituaient ainsi des commandes d'un luxe exceptionnel, accessibles uniquement au roi, à la reine, au cardinal Mazarin, à la princesse de Condé ainsi qu'à quelques grands amateurs issus de l'aristocratie, parmi lesquels le marquis d'Effiat ou le duc de Nemours.
L'inventaire de la collection du cardinal Mazarin dressé en 1653 mentionne notamment « un grand tapis de la Savonnerie à fond noir (...) avec une large bordure garnie de fleurs, de vases et de corbeilles de fleurs, accompagnée de deux petites bordures, l'une ornée de coquilles blanches, l'autre de rosaces bleues et de feuilles vertes... » (H. d'Orléans, duc d'Aumale, Inventaire du mobilier du cardinal Mazarin, dressé en 1653 et publié d'après l'original conservé aux archives Condé, 1861, p. 170).
Les derniers chefs-d'œuvre du goût Millefleurs
La plupart des tapis appartenant à ce groupe sont de dimensions relativement modestes et étaient très probablement destinés à recouvrir des tables. Parmi ces « tapis de table » figure notamment un exemplaire provenant de l'ancienne collection Wrightsman, aujourd'hui conservé au Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 1976.155.111) (fig. 6). Celui-ci présente un médaillon central en forme de couronne ainsi que des campane, ou glands, figurés en trompe-l'œil comme s'ils retombaient autour du plateau de la table, imitant les franges des ouvrages de broderie et des meubles recouverts de tapisseries qui ornaient les intérieurs du XVIIe siècle. D'autres exemplaires de ce modèle sont conservés au musée Nissim de Camondo (inv. 177), dans la collection James A. de Rothschild à Waddesdon Manor (P. Verlet, cat. 1, fig. 104), au musée du Louvre (ibid., fig. 106), tandis qu'un autre provenant de la collection de Lewis et Ali Sanders a été vendu chez Christie's, New York, le 29 octobre 2019 (lot 1115).
Le présent tapis appartient à un groupe beaucoup plus restreint de grands tapis de sol aujourd'hui conservés. Tissés quelques années plus tard, au cours des années 1660, ils prolongent l'esthétique des tapis millefleurs destinés aux tables tout en annonçant un vocabulaire décoratif plus résolument baroque. Les cornes d'abondance chargées de fleurs et de fruits qui ornent le présent tapis en constituent un remarquable exemple. Inconnues sur les tapis de petit format, de larges feuilles d'acanthe ondoyantes parcourent ici le champ à la manière de rameaux, structurant la composition florale particulièrement dense. De même, alors que les tapis de table sont généralement entourés de larges bordures principales, les grands tapis de sol, comme celui-ci, sont encadrés de bordures plus étroites, soulignées de galons d'architecture moulurée d'une grande sobriété.
Parmi les œuvres comparables figurent un tapis offert au Metropolitan Museum of Art de New York par M. et Mme Charles Wrightsman en 1983 (inv. 1983.268) ; un autre, présentant un décor de champ identique mais malheureusement amputé à chacune de ses extrémités puis complété par des bordures postérieures, conservé au J. Paul Getty Museum (inv. 70.DC.63) ; un troisième appartenant à une collection particulière new-yorkaise (publié par P. Verlet, op. cit., 1982, p. 167, fig. 103) ; un quatrième vendu chez Sotheby's, Monaco, le 12 février 1979 (lot 300) ; un cinquième chez Sotheby's, New York, le 9 décembre 1972 (lot 115) ; enfin un sixième provenant de la succession de Mae C. Rovensky, dispersée par Parke-Bernet Galleries à New York du 15 au 19 janvier 1957 (lot 833). Un autre tapis de sol, légèrement différent de cette série, fut commandé pour un membre des familles de Castellane ou de Castille. Il a récemment été vendu dans le cadre de la collection particulière d'Irene Roosevelt Aitken (Christie's, New York, le 12 février 2026, lot 241) (fig. 5). Son décor était centré des armes chiffrées de ses commanditaires et enrichi de motifs héraldiques dans la bordure extérieure.
Une étape décisive dans l'évolution du style
Si le tapis Ortiz partage l'essentiel des caractéristiques des grands tapis de sol de la Savonnerie, il présente également plusieurs particularités qui annoncent déjà les grands programmes décoratifs commandés par Louis XIV. Au centre de la composition figure une couronne de feuilles de chêne qui le distingue des autres tapis du groupe, généralement centrés d'un cadre ovale mouluré entourant le bouquet floral principal. Le parallèle le plus proche est un fragment d'un tapis autrefois de grandes dimensions aujourd'hui conservé au Mobilier national (inv. GMT 2053). Aux quatre angles figurent les initiales « CCM », probablement celles de Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse de Condé, à laquelle ce tapis fut livré peu avant sa mort en 1650. Un autre fragment centré d'une couronne de feuilles de chêne comparable a plus récemment appartenu à Jean-Marie Rossi avant d'être vendu chez Sotheby's, Paris, le 10 mars 2006 (lot 40).
L'innovation la plus remarquable du présent tapis réside toutefois dans sa bordure, unique parmi les œuvres de ce groupe. Une guirlande florale en spirale, enlacée d'un ruban de satin bleu pâle, s'enroule autour d'une colonne de boutons floraux dorés entrelacés. Plus remarquable encore est son traitement chromatique. Alors que les bordures des tapis contemporains reprennent généralement le fond sombre du champ, celle-ci présente un subtil dégradé allant d'un brun clair vers un ivoire délicat. Ce modelé confère profondeur et relief à la composition, créant l'illusion d'un encadrement sculpté en trois dimensions. Cette maîtrise virtuose des effets d'ombre et de lumière annonce déjà les extraordinaires innovations techniques qui caractériseront les grandes commandes de Louis XIV.
La récente exposition organisée au Grand Palais à Paris, réunissant trente-deux des quatre-vingt-douze tapis exécutés par Simon Lourdet pour couvrir les quelque 450 mètres de la Grande Galerie du Louvre, permit pour la première fois depuis leur création il y a près de trois cent cinquante ans d'apprécier côte à côte ces œuvres légendaires. Leur présentation mettait admirablement en évidence la virtuosité des lissiers de la Savonnerie, passés maîtres dans les effets illusionnistes de modelé, de marbrure et de dorure.
Les galons secondaires qui encadrent la bordure principale du tapis Ortiz méritent également une attention particulière. Leur décor de guillochis entrelacés évoque directement celui des tapis exécutés pour le Louvre et apparaît comme un véritable trait d'union entre les tapis destinés à la Galerie d'Apollon et ceux de la Grande Galerie. Il se rapproche davantage de ces derniers, où les petits motifs circulaires disposés entre les oves sont remplacés par des feuilles d'acanthe bleues entrelacées. Un fragment provenant de cette prestigieuse commande, présentant cette même bordure, fut vendu chez Christie's le 14 décembre 2000 (lot 125).
L'association de fines bandes architecturées dorées et d'une bordure extérieure ivoire ornée de feuilles d'anthemion ne se retrouve que sur un seul autre tapis connu, de dimensions beaucoup plus modestes. Conservé dans les collections du comte de Rosebery au château de Dalmeny, en Écosse, il présente un fond noir profond semé de fleurs naturalistes entourant le chiffre de Louis XIV et de Marie-Thérèse, formé des lettres « LLMT » sous une couronne (fig. 7). Louis XIV ayant épousé Marie-Thérèse d'Espagne le 9 juin 1660, il est possible que ce petit tapis ait été conçu comme le pendant de notre grand tapis de sol, bien que certains motifs de son champ, notamment le carquois et la torche enflammée, se rencontrent plus fréquemment sur les séries exécutées pour les grands décors royaux.
Il apparaît ainsi que ce type de tapis floral demeura en faveur jusqu'aux premières années du gouvernement personnel de Louis XIV, en 1661. Le présent tapis constitue vraisemblablement l'un des tout derniers, sinon le dernier, grand tapis millefleurs réalisé dans cette tradition.
Conclusion
En 1663, Jean-Baptiste Colbert réorganisa la manufacture de la Savonnerie en la plaçant, à l'instar des Gobelins, sous la direction artistique de Charles Le Brun. Dès lors, le style des tapis de la Savonnerie évolua profondément. Les compositions devinrent l'un des principaux instruments de la mise en scène du pouvoir monarchique, célébrant, à travers de vastes décors baroques, la figure du Roi-Soleil et l'affirmation de l'identité politique et culturelle de la France.
Le tapis Ortiz se situe précisément à cette charnière. Il marque l'aube du style de Louis XIV et constitue l'un des tout derniers grands tapis millefleurs jamais tissés. Présenté pour la première fois sur le marché de l'art, il compte aujourd'hui parmi les très rares exemplaires conservés hors des collections des grands musées et des institutions publiques.
Nous remercions vivement M. Wolf Buchard, Conservateur au Metropolitan Museum of Art, New York, pour son aide dans le cadres des recherches menées pour la rédaction de cette notice.
Si sa conception générale s'inscrit étroitement dans la tradition des tapis connus de ce groupe, il présente néanmoins plusieurs caractéristiques distinctives qui annoncent déjà les extraordinaires séries commandées par Louis XIV pour le palais du Louvre. À ce titre, il constitue un jalon essentiel pour comprendre l'évolution des modèles de la Savonnerie avant 1660, tout en étant aussi important sur le plan historique qu'exceptionnel par ses qualités esthétiques.
Dans son ouvrage de référence consacré à la Savonnerie, Pierre Verlet écrivait : « Les collectionneurs d'aujourd'hui témoignent d'une prédilection particulière pour ces premières productions de ce qui allait devenir la grande Manufacture royale » (P. Verlet, La Collection James A. de Rothschild à Waddesdon Manor: La Savonnerie, 1982, p.166).
L'aube de la Manufacture royale de la Savonnerie
Le tapis de la collection Ortiz appartient à un groupe ancien de tapis français de la Savonnerie tissés au cours d'une période comprise entre la mort de Louis XIII, en 1643, et les premières années qui suivirent l'avènement personnel de Louis XIV en 1661. Ils sont néanmoins communément désignés sous le nom de tapis « Louis XIII », afin de les distinguer des compositions plus fastueuses et monumentales conçues par Charles Le Brun pour les prestigieuses commandes de Louis XIV destinées à la Galerie d'Apollon et à la Grande Galerie du palais du Louvre.
La création de cette manufacture (fig. 1) s'inscrivait dans une politique royale plus vaste visant à favoriser les industries françaises du luxe, afin de réduire la dépendance du royaume aux importations et de renforcer son autonomie économique et culturelle. Henri IV (r. 1589-1610) encouragea ainsi la production française de tapis en concédant, le 4 janvier 1608, à Pierre Dupont (vers 1577-1640), « tapissier ordinaire en tapis de Turquie et façons de Levant », des ateliers installés dans les sous-sols du Louvre, sous la Grande Galerie (voir P. Verlet, op. cit., p. 28).
L'un des apprentis de Dupont, Simon Lourdet (vers 1595-1667), acquit rapidement une telle maîtrise de son métier qu'il sut gagner les faveurs de la reine Marie de Médicis, qui l'autorisa à établir un second atelier dans l'ancienne manufacture de savon de Chaillot — la « Savonnerie » — dont la manufacture tira par la suite son nom. En 1626, Dupont et Lourdet conclurent un accord d'association afin de partager les frais et les bénéfices de leurs deux ateliers, lesquels produisirent jusqu'en 1664 des tapis de conception très similaire.
Il semble que les deux manufactures aient exécuté des modèles pratiquement identiques et, en l'absence de documents d'archives pour cette période, il est aujourd'hui extrêmement difficile d'attribuer avec certitude le présent tapis à l'un ou l'autre atelier. Pierre Verlet a toutefois avancé que les tapis de très grandes dimensions, tel celui-ci, étaient vraisemblablement tissés à l'atelier de Chaillot plutôt qu'à celui du Louvre, les métiers à tisser plus importants de la Savonnerie de Chaillot étant mieux adaptés à la réalisation d'ouvrages d'une telle envergure.
Les échanges culturels à la cour royale
Si l'auteur du dessin de ce tapis demeure inconnu, ses sources d'inspiration apparaissent en revanche avec une grande clarté. Son décor témoigne d'une remarquable synthèse entre le goût européen pour l'exotisme — nourri par les tapis de cour safavides, moghols et ottomans — et l'engouement occidental pour les fleurs, les broderies et la peinture de nature morte. L'inventaire royal dressé à partir de 1663 par Berbier du Metz mentionne ainsi de nombreux tapis d'origine orientale, « du Caire, de Perse et de Turquie », soulignant le prestige dont jouissaient ces œuvres à la cour (J. Guiffrey, Inventaire des tapis de Louis XIV, I, Paris, 1886, p. 172). De même, Les Tapisseries de l'Histoire du Roi, prestigieuse série de seize tapisseries exécutées dans les ateliers royaux des Gobelins entre 1665 et 1681 sous la direction de Charles Le Brun (1619-1690), représentent plusieurs tapis de cour persans safavides à décor de palmettes, ainsi que de somptueux tapis dits « polonais », tissés de soie et de fils métalliques, probablement à Kashan. Ces représentations illustrent les riches échanges artistiques qui s'établirent alors entre l'Orient et l'Occident.
Les tapis de la Savonnerie de cette période présentent de nombreuses caractéristiques communes, au premier rang desquelles un fond noir profond, bleu indigo soutenu ou, plus rarement, brun foncé, entièrement couvert d'une profusion de fleurs printanières traitées avec un naturalisme remarquable, produisant un spectaculaire effet de millefleurs. Le présent tapis offre une véritable prairie foisonnante où se distinguent iris, œillets, renoncules, tulipes, jonquilles, pivoines et narcisses, autant de fleurs considérées alors comme les plus rares, les plus raffinées et les plus exotiques. Des grappes de raisin s'échappent des cornes d'abondance disposées au-dessus et au-dessous de la couronne centrale.
Si la représentation des fleurs dans les tapis safavides contemporains du XVIIe siècle évolua vers un naturalisme toujours plus affirmé sous le règne du shah Abbas, l'observation de la nature atteint un degré de fidélité encore supérieur dans les tapis français de la même époque. Cette évolution s'inscrit dans la continuité de la tradition européenne des tapisseries à millefleurs du XVIe siècle, dont les ateliers français héritèrent directement.
Cette inclination vers le naturalisme fut également nourrie par les natures mortes françaises et flamandes contemporaines, notamment celles de Jan Brueghel l'Ancien (1568-1625), considéré comme l'un des pionniers de la nature morte florale. Ses compositions botaniques, d'une précision exceptionnelle, réunissent des fleurs appartenant à différentes saisons, peintes à partir d'études réalisées tout au long de l'année, témoignant d'une observation attentive du monde végétal qui trouva un écho direct dans les créations de la Savonnerie (fig. 2).
Parmi les autres artistes ayant nourri ce courant figurent Jacques Linard (1598-1645), Paul Androuet du Cerceau (1623-1710) et Georges Baussonnet (1577-1644). Les dessins de ce dernier présentent des fleurs très proches de celles représentées sur ces tapis, et plusieurs de ses études préparatoires, exécutées vers 1610-1620, sont aujourd'hui conservées à la bibliothèque municipale de Reims (P. Verlet, op. cit., pp. 163-165, fig. 99, 100 et 101). Son nom a également été associé à plusieurs tapis de cette période, notamment à celui conservé au musée du Louvre (OA 6256), réalisé dans les ateliers de Chaillot vers 1640-1650, à un autre exemplaire conservé à Waddesdon Manor (illustré dans D. Alcouffe, Un temps d'exubérance. Les arts décoratifs sous Louis XIII et Anne d'Autriche, p. 181, fig. 1), ainsi qu'à un troisième tapis vendu chez Christie's, New York, le 26 octobre 2001 (lot 48) (fig. 4). Si le répertoire ornemental de cette manufacture encore récente demeurait relativement limité, sa diffusion témoigne du succès immédiat de ces modèles, qui trouvèrent rapidement faveur auprès de la cour.
Une autre source d'inspiration essentielle pour ce groupe de tapis réside dans les spectaculaires plateaux de tables italiens en pietra dura, réalisés notamment dans les ateliers grand-ducaux de Florence (fig. 3). Le cardinal Jules Mazarin (1602-1661) fut l'un des premiers, et sans doute le plus fervent, amateur de pietra dura en France. Sa passion pour les objets italiens en pierres dures suscita un véritable engouement, que Louis XIV fit sien par la suite, favorisant la création d'ateliers parisiens spécialisés ainsi que la constitution d'une prestigieuse collection de vases en pierres dures, les célèbres « gemmes de la Couronne », héritées en grande partie du cardinal Mazarin et aujourd'hui conservées pour nombre d'entre elles au musée du Louvre (inv. OA 12436).
La fascination de l'Europe du XVIIe siècle pour l'exotisme transparaît également dans plusieurs motifs du présent tapis. Parmi les fleurs figurées apparaît la tulipe, dont les précieux bulbes étaient importés des Provinces-Unies à des prix exorbitants afin de satisfaire la « tulipomanie » qui s'empara de la France au début du XVIIe siècle, époque où les dames de la haute société arboraient parfois une fleur unique comme un ornement aussi précieux qu'un bijou. Un tapis comparable, réalisé dans les ateliers de Chaillot et conservé au Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 1976.155.111) (fig. 6), associe les mêmes motifs de tulipes à des vases de porcelaine bleu et blanc, reflet de l'engouement pour les porcelaines chinoises importées en Europe par les navires des Compagnies des Indes orientales. Les pivoines, symbole d'éternité dans la culture chinoise, ont également pu contribuer à l'élaboration de ce vocabulaire décoratif.
Quelques années plus tard, Marco Antonio Giustiniani, ambassadeur de la République de Venise auprès de la cour de France entre 1665 et 1668, résumait parfaitement cette synthèse artistique en écrivant : « Nous avons appris de la Perse l'art du tapis, mais les plus beaux et les plus élégants sont fabriqués à Paris » (cité par P. Verlet, op. cit., p. 166).
Les commanditaires
Une lettre échangée en 1652 entre Catherine de France, dite Madame Royale, et sa fille, la duchesse de Bavière, indique qu'un tapis de la Savonnerie était estimé entre 2 100 et 2 600 livres, tandis que son exécution nécessitait environ une année de travail (Archivio di Stato, Turin, Lettere Ministri Francia, 58, dossier 3). De telles œuvres constituaient ainsi des commandes d'un luxe exceptionnel, accessibles uniquement au roi, à la reine, au cardinal Mazarin, à la princesse de Condé ainsi qu'à quelques grands amateurs issus de l'aristocratie, parmi lesquels le marquis d'Effiat ou le duc de Nemours.
L'inventaire de la collection du cardinal Mazarin dressé en 1653 mentionne notamment « un grand tapis de la Savonnerie à fond noir (...) avec une large bordure garnie de fleurs, de vases et de corbeilles de fleurs, accompagnée de deux petites bordures, l'une ornée de coquilles blanches, l'autre de rosaces bleues et de feuilles vertes... » (H. d'Orléans, duc d'Aumale, Inventaire du mobilier du cardinal Mazarin, dressé en 1653 et publié d'après l'original conservé aux archives Condé, 1861, p. 170).
Les derniers chefs-d'œuvre du goût Millefleurs
La plupart des tapis appartenant à ce groupe sont de dimensions relativement modestes et étaient très probablement destinés à recouvrir des tables. Parmi ces « tapis de table » figure notamment un exemplaire provenant de l'ancienne collection Wrightsman, aujourd'hui conservé au Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 1976.155.111) (fig. 6). Celui-ci présente un médaillon central en forme de couronne ainsi que des campane, ou glands, figurés en trompe-l'œil comme s'ils retombaient autour du plateau de la table, imitant les franges des ouvrages de broderie et des meubles recouverts de tapisseries qui ornaient les intérieurs du XVIIe siècle. D'autres exemplaires de ce modèle sont conservés au musée Nissim de Camondo (inv. 177), dans la collection James A. de Rothschild à Waddesdon Manor (P. Verlet, cat. 1, fig. 104), au musée du Louvre (ibid., fig. 106), tandis qu'un autre provenant de la collection de Lewis et Ali Sanders a été vendu chez Christie's, New York, le 29 octobre 2019 (lot 1115).
Le présent tapis appartient à un groupe beaucoup plus restreint de grands tapis de sol aujourd'hui conservés. Tissés quelques années plus tard, au cours des années 1660, ils prolongent l'esthétique des tapis millefleurs destinés aux tables tout en annonçant un vocabulaire décoratif plus résolument baroque. Les cornes d'abondance chargées de fleurs et de fruits qui ornent le présent tapis en constituent un remarquable exemple. Inconnues sur les tapis de petit format, de larges feuilles d'acanthe ondoyantes parcourent ici le champ à la manière de rameaux, structurant la composition florale particulièrement dense. De même, alors que les tapis de table sont généralement entourés de larges bordures principales, les grands tapis de sol, comme celui-ci, sont encadrés de bordures plus étroites, soulignées de galons d'architecture moulurée d'une grande sobriété.
Parmi les œuvres comparables figurent un tapis offert au Metropolitan Museum of Art de New York par M. et Mme Charles Wrightsman en 1983 (inv. 1983.268) ; un autre, présentant un décor de champ identique mais malheureusement amputé à chacune de ses extrémités puis complété par des bordures postérieures, conservé au J. Paul Getty Museum (inv. 70.DC.63) ; un troisième appartenant à une collection particulière new-yorkaise (publié par P. Verlet, op. cit., 1982, p. 167, fig. 103) ; un quatrième vendu chez Sotheby's, Monaco, le 12 février 1979 (lot 300) ; un cinquième chez Sotheby's, New York, le 9 décembre 1972 (lot 115) ; enfin un sixième provenant de la succession de Mae C. Rovensky, dispersée par Parke-Bernet Galleries à New York du 15 au 19 janvier 1957 (lot 833). Un autre tapis de sol, légèrement différent de cette série, fut commandé pour un membre des familles de Castellane ou de Castille. Il a récemment été vendu dans le cadre de la collection particulière d'Irene Roosevelt Aitken (Christie's, New York, le 12 février 2026, lot 241) (fig. 5). Son décor était centré des armes chiffrées de ses commanditaires et enrichi de motifs héraldiques dans la bordure extérieure.
Une étape décisive dans l'évolution du style
Si le tapis Ortiz partage l'essentiel des caractéristiques des grands tapis de sol de la Savonnerie, il présente également plusieurs particularités qui annoncent déjà les grands programmes décoratifs commandés par Louis XIV. Au centre de la composition figure une couronne de feuilles de chêne qui le distingue des autres tapis du groupe, généralement centrés d'un cadre ovale mouluré entourant le bouquet floral principal. Le parallèle le plus proche est un fragment d'un tapis autrefois de grandes dimensions aujourd'hui conservé au Mobilier national (inv. GMT 2053). Aux quatre angles figurent les initiales « CCM », probablement celles de Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse de Condé, à laquelle ce tapis fut livré peu avant sa mort en 1650. Un autre fragment centré d'une couronne de feuilles de chêne comparable a plus récemment appartenu à Jean-Marie Rossi avant d'être vendu chez Sotheby's, Paris, le 10 mars 2006 (lot 40).
L'innovation la plus remarquable du présent tapis réside toutefois dans sa bordure, unique parmi les œuvres de ce groupe. Une guirlande florale en spirale, enlacée d'un ruban de satin bleu pâle, s'enroule autour d'une colonne de boutons floraux dorés entrelacés. Plus remarquable encore est son traitement chromatique. Alors que les bordures des tapis contemporains reprennent généralement le fond sombre du champ, celle-ci présente un subtil dégradé allant d'un brun clair vers un ivoire délicat. Ce modelé confère profondeur et relief à la composition, créant l'illusion d'un encadrement sculpté en trois dimensions. Cette maîtrise virtuose des effets d'ombre et de lumière annonce déjà les extraordinaires innovations techniques qui caractériseront les grandes commandes de Louis XIV.
La récente exposition organisée au Grand Palais à Paris, réunissant trente-deux des quatre-vingt-douze tapis exécutés par Simon Lourdet pour couvrir les quelque 450 mètres de la Grande Galerie du Louvre, permit pour la première fois depuis leur création il y a près de trois cent cinquante ans d'apprécier côte à côte ces œuvres légendaires. Leur présentation mettait admirablement en évidence la virtuosité des lissiers de la Savonnerie, passés maîtres dans les effets illusionnistes de modelé, de marbrure et de dorure.
Les galons secondaires qui encadrent la bordure principale du tapis Ortiz méritent également une attention particulière. Leur décor de guillochis entrelacés évoque directement celui des tapis exécutés pour le Louvre et apparaît comme un véritable trait d'union entre les tapis destinés à la Galerie d'Apollon et ceux de la Grande Galerie. Il se rapproche davantage de ces derniers, où les petits motifs circulaires disposés entre les oves sont remplacés par des feuilles d'acanthe bleues entrelacées. Un fragment provenant de cette prestigieuse commande, présentant cette même bordure, fut vendu chez Christie's le 14 décembre 2000 (lot 125).
L'association de fines bandes architecturées dorées et d'une bordure extérieure ivoire ornée de feuilles d'anthemion ne se retrouve que sur un seul autre tapis connu, de dimensions beaucoup plus modestes. Conservé dans les collections du comte de Rosebery au château de Dalmeny, en Écosse, il présente un fond noir profond semé de fleurs naturalistes entourant le chiffre de Louis XIV et de Marie-Thérèse, formé des lettres « LLMT » sous une couronne (fig. 7). Louis XIV ayant épousé Marie-Thérèse d'Espagne le 9 juin 1660, il est possible que ce petit tapis ait été conçu comme le pendant de notre grand tapis de sol, bien que certains motifs de son champ, notamment le carquois et la torche enflammée, se rencontrent plus fréquemment sur les séries exécutées pour les grands décors royaux.
Il apparaît ainsi que ce type de tapis floral demeura en faveur jusqu'aux premières années du gouvernement personnel de Louis XIV, en 1661. Le présent tapis constitue vraisemblablement l'un des tout derniers, sinon le dernier, grand tapis millefleurs réalisé dans cette tradition.
Conclusion
En 1663, Jean-Baptiste Colbert réorganisa la manufacture de la Savonnerie en la plaçant, à l'instar des Gobelins, sous la direction artistique de Charles Le Brun. Dès lors, le style des tapis de la Savonnerie évolua profondément. Les compositions devinrent l'un des principaux instruments de la mise en scène du pouvoir monarchique, célébrant, à travers de vastes décors baroques, la figure du Roi-Soleil et l'affirmation de l'identité politique et culturelle de la France.
Le tapis Ortiz se situe précisément à cette charnière. Il marque l'aube du style de Louis XIV et constitue l'un des tout derniers grands tapis millefleurs jamais tissés. Présenté pour la première fois sur le marché de l'art, il compte aujourd'hui parmi les très rares exemplaires conservés hors des collections des grands musées et des institutions publiques.
Nous remercions vivement M. Wolf Buchard, Conservateur au Metropolitan Museum of Art, New York, pour son aide dans le cadres des recherches menées pour la rédaction de cette notice.
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