Descrizione dettagliata lotto
Ce jeune homme nu assis au sol témoigne de la rapidité avec laquelle Antoine Watteau s’est parfois attaché à croquer une position sur le vif. L’association de la pierre noire et de la sanguine traitées de manière bouillonnante donne à cette feuille une énergie particulière.
Ce dessin a été mis en relation avec les Saisons Crozat, cet ensemble de quatre toiles, destinées à orner la salle à manger du salon de l’hôtel particulier de Pierre Crozat (mécène et ami de Watteau, trésorier de France et immense collectionneur), situé rue de Richelieu à Paris et peint vers 1715-1717 dans des circonstances particulières (voir Rosenberg, Prat, op. cit).
En octobre 1715, Pierre Crozat est de retour à Paris après un séjour en Italie (qui avait pour but de négocier l’achat d’œuvres d’art pour le Régent Philippe d’Orléans). C’est vraisemblablement à ce moment qu’il commande à Charles de La Fosse (1636-1716) les Saisons dites Crozat. Ce chantier de décor est particulièrement important, parce qu’il mobilise le talent d’un peintre dont la réputation n’est alors plus à prouver, Charles de La Fosse (âgé de 79 ans) et celui d’un artiste bien plus jeune et émergent : Antoine Watteau (âgé de 31 ans). Les deux peintres entretenaient des liens depuis plusieurs années, puisque les biographies anciennes de Watteau indiquent que le premier avait soutenu l’entrée du second à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1712. Comme l’a analysé François Marandet, La Fosse a vraisemblablement fourni des dessins préparatoires (dont deux sont conservés au musée du Louvre) et prodigué ses conseils à Watteau qui in fine peindra les quatre toiles (F. Marandet, ‘Nouvelles hypothèses sur la genèse du décor peint de la salle à manger de l’hôtel Crozat’ in B. Sarrazin et O. Bonfait (dirs.), Charles de La Fosse et les arts en France autour de 1700, Actes du colloque, 18-19 mai 2015, château de Versailles, disponible en ligne). De ces quatre tableaux, seul L’été a survécu (National Gallery of Art, Washington), Le printemps ayant été détruit deux ans après sa redécouverte (M. M. Grasselli, P. Rosenberg (dirs.), Watteau, cat. exp., Paris, Grand Palais, 1984, sous n° P35). Les estampes de Louis Desplaces (Le printems, fig. 1), Jean Audran (L’hyver, fig. 2), Marie Jeanne Renard du Bos (l'Esté) et Étienne Fessard (l'Automne) documentent les tableaux.
Aux côtés du présent dessin, plusieurs études d’hommes et de femmes nus sont connus pour cette série (Rosenberg, Prat, op. cit., n° 370 à 372) et le verso inédit de ce dessin, représentant un homme nu en buste, les bras levés, vu ‘da sotto in su’, vient élargir ce corpus.
Cette figure inédite intègre le corpus des dessins préparatoires pour les Saisons Crozat et pourrait être une première pensée pour la figure tenant une botte de blé dans le Printems (fig. 1) ou L’Hyver (fig. 2). Malgré son inachèvement, le verso inédit tout comme le recto contredisent les propos de l’ami de Watteau, le comte de Caylus. Il considérait que 'n'ayant aucune connaissance de l'anatomie, et n'ayant presque jamais dessiné le nu, [Watteau] ne savait ni le lire, ni l'exprimer; au point même que l'ensemble d'une académie lui coûtait et lui déplaisait par conséquent.' L’ensemble des études pour les Saisons Crozat et le présent dessin, permettent de nuancer les propos acerbes d’un des amis les plus proches, et les plus célèbres, de Watteau.
Dr Axel Moulinier
Fig. 1 : L. Desplaces, d'après A. Watteau, Le Printems, estampe, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie.
Fig. 2 : J. Audran, d'après A. Watteau, L'Hyver, estampe, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie.
Ce dessin a été mis en relation avec les Saisons Crozat, cet ensemble de quatre toiles, destinées à orner la salle à manger du salon de l’hôtel particulier de Pierre Crozat (mécène et ami de Watteau, trésorier de France et immense collectionneur), situé rue de Richelieu à Paris et peint vers 1715-1717 dans des circonstances particulières (voir Rosenberg, Prat, op. cit).
En octobre 1715, Pierre Crozat est de retour à Paris après un séjour en Italie (qui avait pour but de négocier l’achat d’œuvres d’art pour le Régent Philippe d’Orléans). C’est vraisemblablement à ce moment qu’il commande à Charles de La Fosse (1636-1716) les Saisons dites Crozat. Ce chantier de décor est particulièrement important, parce qu’il mobilise le talent d’un peintre dont la réputation n’est alors plus à prouver, Charles de La Fosse (âgé de 79 ans) et celui d’un artiste bien plus jeune et émergent : Antoine Watteau (âgé de 31 ans). Les deux peintres entretenaient des liens depuis plusieurs années, puisque les biographies anciennes de Watteau indiquent que le premier avait soutenu l’entrée du second à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1712. Comme l’a analysé François Marandet, La Fosse a vraisemblablement fourni des dessins préparatoires (dont deux sont conservés au musée du Louvre) et prodigué ses conseils à Watteau qui in fine peindra les quatre toiles (F. Marandet, ‘Nouvelles hypothèses sur la genèse du décor peint de la salle à manger de l’hôtel Crozat’ in B. Sarrazin et O. Bonfait (dirs.), Charles de La Fosse et les arts en France autour de 1700, Actes du colloque, 18-19 mai 2015, château de Versailles, disponible en ligne). De ces quatre tableaux, seul L’été a survécu (National Gallery of Art, Washington), Le printemps ayant été détruit deux ans après sa redécouverte (M. M. Grasselli, P. Rosenberg (dirs.), Watteau, cat. exp., Paris, Grand Palais, 1984, sous n° P35). Les estampes de Louis Desplaces (Le printems, fig. 1), Jean Audran (L’hyver, fig. 2), Marie Jeanne Renard du Bos (l'Esté) et Étienne Fessard (l'Automne) documentent les tableaux.
Aux côtés du présent dessin, plusieurs études d’hommes et de femmes nus sont connus pour cette série (Rosenberg, Prat, op. cit., n° 370 à 372) et le verso inédit de ce dessin, représentant un homme nu en buste, les bras levés, vu ‘da sotto in su’, vient élargir ce corpus.
Cette figure inédite intègre le corpus des dessins préparatoires pour les Saisons Crozat et pourrait être une première pensée pour la figure tenant une botte de blé dans le Printems (fig. 1) ou L’Hyver (fig. 2). Malgré son inachèvement, le verso inédit tout comme le recto contredisent les propos de l’ami de Watteau, le comte de Caylus. Il considérait que 'n'ayant aucune connaissance de l'anatomie, et n'ayant presque jamais dessiné le nu, [Watteau] ne savait ni le lire, ni l'exprimer; au point même que l'ensemble d'une académie lui coûtait et lui déplaisait par conséquent.' L’ensemble des études pour les Saisons Crozat et le présent dessin, permettent de nuancer les propos acerbes d’un des amis les plus proches, et les plus célèbres, de Watteau.
Dr Axel Moulinier
Fig. 1 : L. Desplaces, d'après A. Watteau, Le Printems, estampe, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie.
Fig. 2 : J. Audran, d'après A. Watteau, L'Hyver, estampe, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie.
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