Descrizione dettagliata lotto
Le service des rois du Portugal reste l'une des plus importantes collections d'orfèvrerie française du XVIIIe siècle au monde, et la plus importante commande d’une cour étrangère à l’atelier des Germain.
Le premier service : de 1729 à 1753
L’histoire commence avec le premier service en argent commandé en 1729 à Thomas Germain (1673-1748), l’orfèvre de Louis XV, par le roi João V du Portugal (1689-1750). Bien que ce service soit largement complété en 1737, il semble qu’au moment de la mort de Thomas Germain en 1748 certaines pièces soient encore inachevées, comme le déclare l’épouse de l’orfèvre lors de l’inventaire après décès de son mari, sans préciser de quelles pièces il s’agissait. (Cf. C. Perrin, p. 140 et A.N.M.C.N XXXVI-460). Bien qu’encore mineur dans les termes de la loi du XVIIIe siècle (qui plaçait la majorité à 25 ans alors que François-Thomas n’en a encore que 22), François-Thomas se voit autorisé par décret royal de succéder à son père comme orfèvre, lui permettant d’enregistrer son poinçon de maître (fig. 2). Initialement associé avec sa mère jusqu’en 1750, il effectue a priori les dernières livraisons, notamment celles pour l’apothicairerie, jusqu’en 1753.
Ce premier service est malheureusement enseveli par le terrible tremblement de terre du 1er novembre 1755 qui dévaste Lisbonne. Aussi est-ce tout naturellement à François-Thomas Germain et aux orfèvres de son atelier, dont Jacques Ballin, Pierre Germain, Nicolas-Martin Langlois et Louis-Joseph Lenhendrick que le roi José I (1714-1777) (fig. 1) commande dès juin 1756 une seconde vaisselle.
Le deuxième service de 1756 à 1765
Cette nouvelle commande se compose de quatre services pour la table, d'une vaisselle d'or à l'usage exclusif du roi et de plusieurs toilettes.
Ces quatre services qui correspondent aux quatre "services" du repas à la française (soit l’entrée, le rôt, la relevée et le dessert) bien qu’intégralement payés par le roi, ne seront finalement pas entièrement livrés à cause de la faillite de Germain en 1765 qui va compliquer les relations diplomatiques entre la France et le Portugal.
L’atelier de François-Thomas Germain n’employait alors déjà pas moins de quarante ouvriers qui travaillent suivant ses modèles aidés de cinq forges et dix-sept établis. Mais l'importance de la commande portugaise décupla l'organisation de l'atelier, de sorte qu'il fallut faire travailler plus d'une centaine d'artisans ainsi que l'atteste la lettre de D. Antonio de Saldanha, ambassadeur à la cour de Paris, datée du 13 décembre 1756: "La vaisselle (..) à laquelle travaillent, comme je l'ai vu, plus de cent vingt ouvriers; comme il s'agit pourtant de l'une des plus belles choses que l'on ait fait de ce genre, le travail prend du temps et (ces messieurs) veulent espérer que Sa Majesté leur fera l'honneur de ne pas penser qu'ils manquent d'empressement" (cf. L d'Orey, A Baixela de Coroa portuguesa, Lisbonne, 1991, note 25, p. 224).
Les livraisons de cette immense commande qui comprenait environ 1200 pièces s’échelonnèrent de novembre 1757 à mai 1765 et furent acheminées dans quarante-trois caisses, embarquées sur des vaisseaux portugais amarrés au port du Havre. Chaque pièce devait porter un numéro de série que l’orfèvre avait obligation de graver afin qu’elles puissent être enregistrées au fur et à mesure de leur arrivée à Lisbonne et afin que les différents services ne soient pas mélangés. Toutes les pièces commandées à Germain figurent ainsi en tête d’un registre conservé aux archives historiques du ministère des finances à Lisbonne à la date du 24 juin 1756. Cette liste fixe de façon presque définitive le nombre des pièces à l’exception des toilettes et objets destinés à l’usage personnel du roi, ainsi que la toilette de la princesse et le déjeuner en or commandés plus tardivement après la faillite de Germain.
Les candélabres : la collection personnelle de Thomas Germain ?
Chaque service était bien entendu accompagné d'un grand nombre de flambeaux mais seulement huit candélabres sont livrés dans le premier service qui arriva à Lisbonne le 14 novembre 1757. Ces huit candélabres étaient divisés en deux séries de quatre de deux modèles différents. La facture les décrit comme quatre « sattiros » (faune et faunesses) et quatre « arvoredos » (enfants) respectivement gravés des numéros 51 et 52.
Nos quatre candélabres sont donc la série 51, modèle « sattiros » et, fait important, portent sur les bases le poinçon de Thomas Germain ; ce sont a priori les seules pièces de ce second service au poinçon de Germain père. En revanche, les branches, et plus précisément l’embout de chaque binet central, sont les seules parties frappées du poinçon de François-Thomas Germain, les a-t-il changées pour pouvoir y apposer son poinçon ? De plus, chaque partie ne porte qu’une seule décharge, celle des objets allant à l’étranger en usage à partir de 1762 alors qu’on aurait dû y trouver la décharge de Hubert Louvet, soit le cheval en usage de 1732 à 1738. Christiane Perrin dans "François -Thomas Germain, orfèvre des rois" a supposé que ces candélabres étaient restés en magasin, oubliés ou refusés par un client, ce qui semble improbable au vue de leur poids et de leur coût. Ces candélabres auraient-ils pu être gardés par Thomas Germain pour son usage personnel ? Après tout ce modèle était indubitablement important pour Thomas Germain puisque c'est eux que l'orfèvre montre fièrement du doigt dans son portrait réalisé par Nicolas de Largillière en 1736 (Calouste Gulbenkian, Lisbonne) (fig. 3). De plus la qualité et le style de la ciselure des branches ne ressemblent pas à celles des candélabres aux enfants, modèle No 52, réalisés par François-Thomas Germain en 1756⁄1757 et aujourd’hui conservés au Musée du Louvre à Paris (OA 10961 et 10962).
François-Thomas Germain, dénué de scrupules et probablement pressé par l'impatience du roi du Portugal, mais aussi le volume de la commande, choisit-il en tous les cas de les envoyer à Lisbonne et les grave de sa signature et de la date 1757.
Sauvés des pillages et des fontes
Le service des rois du Portugal a été sauvé grâce à son transfert à Rio de Janeiro, lorsque la famille royale portugaise se déplace pour fuir l'invasion des troupes napoléoniennes en 1807-1808. Après la Révolution libérale de Porto en 1820, João VI rentre au Portugal et rapatrie à Lisbonne la majeure partie du service de Germain. Mais ces candélabres reviennent en partage à l’empereur Pedro I (fig. 4) lorsqu’en 1826 il renonce au trône du Portugal en faveur de sa fille, et y fait apposer son monogramme d’empereur repris en gravé sur les embouts des branches (fig. 5). À la déposition de Pedro II en 1889, ces candélabres et le reste du service seront vendus.
Ils sont parmi les derniers témoins en main privée d’un des plus remarquables ensembles, caractérisé par ses lignes ondulantes et ses formes exubérantes, qui fit grande impression lors de son inauguration pour le couronnement de la reine, Maria I, la fille de D. José Ier, décrit dans "L'Acte du Couronnement et du Serment de la reine D. Maria 1er et du roi D. Pedro III le 13 Mai 1777": "On pouvait voir la très noble salle réservée au souper de Ses Majestés et Altesses, où était dressée une table du plus grand éclat et magnificence, dont le service fut d'une indicible abondance, dans un cérémonial parfaitement réglé (...) ces tables étaient garnies des superbes et nombreuses pièces de vaisselle d'argent exécutées récemment à la cour de Paris par le célèbre maître Germain sur ordre particulier d'El-Rey notre Seigneur D. José I, pour la première fois utilisées en public au plus grand émerveillement et à l'admiration de tous les sujets de la Couronne et des Etrangers qui furent honorés d'un si brillant et nouveau spectacle, encore jamais vu en de semblables occasions».
Le premier service : de 1729 à 1753
L’histoire commence avec le premier service en argent commandé en 1729 à Thomas Germain (1673-1748), l’orfèvre de Louis XV, par le roi João V du Portugal (1689-1750). Bien que ce service soit largement complété en 1737, il semble qu’au moment de la mort de Thomas Germain en 1748 certaines pièces soient encore inachevées, comme le déclare l’épouse de l’orfèvre lors de l’inventaire après décès de son mari, sans préciser de quelles pièces il s’agissait. (Cf. C. Perrin, p. 140 et A.N.M.C.N XXXVI-460). Bien qu’encore mineur dans les termes de la loi du XVIIIe siècle (qui plaçait la majorité à 25 ans alors que François-Thomas n’en a encore que 22), François-Thomas se voit autorisé par décret royal de succéder à son père comme orfèvre, lui permettant d’enregistrer son poinçon de maître (fig. 2). Initialement associé avec sa mère jusqu’en 1750, il effectue a priori les dernières livraisons, notamment celles pour l’apothicairerie, jusqu’en 1753.
Ce premier service est malheureusement enseveli par le terrible tremblement de terre du 1er novembre 1755 qui dévaste Lisbonne. Aussi est-ce tout naturellement à François-Thomas Germain et aux orfèvres de son atelier, dont Jacques Ballin, Pierre Germain, Nicolas-Martin Langlois et Louis-Joseph Lenhendrick que le roi José I (1714-1777) (fig. 1) commande dès juin 1756 une seconde vaisselle.
Le deuxième service de 1756 à 1765
Cette nouvelle commande se compose de quatre services pour la table, d'une vaisselle d'or à l'usage exclusif du roi et de plusieurs toilettes.
Ces quatre services qui correspondent aux quatre "services" du repas à la française (soit l’entrée, le rôt, la relevée et le dessert) bien qu’intégralement payés par le roi, ne seront finalement pas entièrement livrés à cause de la faillite de Germain en 1765 qui va compliquer les relations diplomatiques entre la France et le Portugal.
L’atelier de François-Thomas Germain n’employait alors déjà pas moins de quarante ouvriers qui travaillent suivant ses modèles aidés de cinq forges et dix-sept établis. Mais l'importance de la commande portugaise décupla l'organisation de l'atelier, de sorte qu'il fallut faire travailler plus d'une centaine d'artisans ainsi que l'atteste la lettre de D. Antonio de Saldanha, ambassadeur à la cour de Paris, datée du 13 décembre 1756: "La vaisselle (..) à laquelle travaillent, comme je l'ai vu, plus de cent vingt ouvriers; comme il s'agit pourtant de l'une des plus belles choses que l'on ait fait de ce genre, le travail prend du temps et (ces messieurs) veulent espérer que Sa Majesté leur fera l'honneur de ne pas penser qu'ils manquent d'empressement" (cf. L d'Orey, A Baixela de Coroa portuguesa, Lisbonne, 1991, note 25, p. 224).
Les livraisons de cette immense commande qui comprenait environ 1200 pièces s’échelonnèrent de novembre 1757 à mai 1765 et furent acheminées dans quarante-trois caisses, embarquées sur des vaisseaux portugais amarrés au port du Havre. Chaque pièce devait porter un numéro de série que l’orfèvre avait obligation de graver afin qu’elles puissent être enregistrées au fur et à mesure de leur arrivée à Lisbonne et afin que les différents services ne soient pas mélangés. Toutes les pièces commandées à Germain figurent ainsi en tête d’un registre conservé aux archives historiques du ministère des finances à Lisbonne à la date du 24 juin 1756. Cette liste fixe de façon presque définitive le nombre des pièces à l’exception des toilettes et objets destinés à l’usage personnel du roi, ainsi que la toilette de la princesse et le déjeuner en or commandés plus tardivement après la faillite de Germain.
Les candélabres : la collection personnelle de Thomas Germain ?
Chaque service était bien entendu accompagné d'un grand nombre de flambeaux mais seulement huit candélabres sont livrés dans le premier service qui arriva à Lisbonne le 14 novembre 1757. Ces huit candélabres étaient divisés en deux séries de quatre de deux modèles différents. La facture les décrit comme quatre « sattiros » (faune et faunesses) et quatre « arvoredos » (enfants) respectivement gravés des numéros 51 et 52.
Nos quatre candélabres sont donc la série 51, modèle « sattiros » et, fait important, portent sur les bases le poinçon de Thomas Germain ; ce sont a priori les seules pièces de ce second service au poinçon de Germain père. En revanche, les branches, et plus précisément l’embout de chaque binet central, sont les seules parties frappées du poinçon de François-Thomas Germain, les a-t-il changées pour pouvoir y apposer son poinçon ? De plus, chaque partie ne porte qu’une seule décharge, celle des objets allant à l’étranger en usage à partir de 1762 alors qu’on aurait dû y trouver la décharge de Hubert Louvet, soit le cheval en usage de 1732 à 1738. Christiane Perrin dans "François -Thomas Germain, orfèvre des rois" a supposé que ces candélabres étaient restés en magasin, oubliés ou refusés par un client, ce qui semble improbable au vue de leur poids et de leur coût. Ces candélabres auraient-ils pu être gardés par Thomas Germain pour son usage personnel ? Après tout ce modèle était indubitablement important pour Thomas Germain puisque c'est eux que l'orfèvre montre fièrement du doigt dans son portrait réalisé par Nicolas de Largillière en 1736 (Calouste Gulbenkian, Lisbonne) (fig. 3). De plus la qualité et le style de la ciselure des branches ne ressemblent pas à celles des candélabres aux enfants, modèle No 52, réalisés par François-Thomas Germain en 1756⁄1757 et aujourd’hui conservés au Musée du Louvre à Paris (OA 10961 et 10962).
François-Thomas Germain, dénué de scrupules et probablement pressé par l'impatience du roi du Portugal, mais aussi le volume de la commande, choisit-il en tous les cas de les envoyer à Lisbonne et les grave de sa signature et de la date 1757.
Sauvés des pillages et des fontes
Le service des rois du Portugal a été sauvé grâce à son transfert à Rio de Janeiro, lorsque la famille royale portugaise se déplace pour fuir l'invasion des troupes napoléoniennes en 1807-1808. Après la Révolution libérale de Porto en 1820, João VI rentre au Portugal et rapatrie à Lisbonne la majeure partie du service de Germain. Mais ces candélabres reviennent en partage à l’empereur Pedro I (fig. 4) lorsqu’en 1826 il renonce au trône du Portugal en faveur de sa fille, et y fait apposer son monogramme d’empereur repris en gravé sur les embouts des branches (fig. 5). À la déposition de Pedro II en 1889, ces candélabres et le reste du service seront vendus.
Ils sont parmi les derniers témoins en main privée d’un des plus remarquables ensembles, caractérisé par ses lignes ondulantes et ses formes exubérantes, qui fit grande impression lors de son inauguration pour le couronnement de la reine, Maria I, la fille de D. José Ier, décrit dans "L'Acte du Couronnement et du Serment de la reine D. Maria 1er et du roi D. Pedro III le 13 Mai 1777": "On pouvait voir la très noble salle réservée au souper de Ses Majestés et Altesses, où était dressée une table du plus grand éclat et magnificence, dont le service fut d'une indicible abondance, dans un cérémonial parfaitement réglé (...) ces tables étaient garnies des superbes et nombreuses pièces de vaisselle d'argent exécutées récemment à la cour de Paris par le célèbre maître Germain sur ordre particulier d'El-Rey notre Seigneur D. José I, pour la première fois utilisées en public au plus grand émerveillement et à l'admiration de tous les sujets de la Couronne et des Etrangers qui furent honorés d'un si brillant et nouveau spectacle, encore jamais vu en de semblables occasions».
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