Descrizione dettagliata lotto
Typique dessin de Jean-Honoré Fragonard, au lavis brun sur un rapide et habile tracé sous-jacent à la pierre noire, cette jeune femme jouant du luth est à mettre en rapport avec un tableau de même composition réalisé par Marguerite Gérard.
En effet, Marguerite Gérard, la belle-sœur de Fragonard, s’installe à Paris, après la mort de sa mère, chez sa sœur cadette Marie-Anne Gérard et son mari Jean-Honoré Fragonard. Très rapidement, elle devient son élève et sa collaboratrice principale avant de s’émanciper de son maître. Son tableau de jeunesse, peint vers 1783-1784 et correspondant à la composition du présent dessin, a été redécouvert dans une collection anglaise en 2014 (fig. 1 ; C. Blumenfeld, Marguerite Gérard 1761-1837, Montreuil, 2019, n° P1, ill. p. 3). Si la confusion au sujet de la paternité des œuvres entre Fragonard et Marguerite Gérard a pu être un sujet, ici le cas est très limpide, l’huile sur toile de La Leçon de Luth étant le plus ancien tableau documenté sous le nom de ‘Mademoiselle Gérard’, apparaissant décrit comme tel dans une vente aux enchères, le 20 décembre 1785, lot 116.
Fragonard et les peintres du Nord
Cette composition d’une musicienne debout jouant du luth face à un homme assis autour d’une table recouverte d’un tapis d’Orient, rappellent ceux des natures mortes hollandaises du Siècle d’Or. Comme l’a démontré Sophie Raux en 2006, Fragonard n’a pas uniquement copié les maîtres italiens mais également les maîtres hollandais, de Van Dyck à Rubens, en passant par Rembrandt (S. Raux, ‘Fragonard y los maestros del norte, in Jean-Honoré Fragonard (1732-1806). Origines e influencias. De Rembrandt al siglo XXI, cat. exp., Barcelone, CaixaForum. Centro Social y Cultural, 2006-2007, pp. 41-47). Il se rend en Flandres et en Hollande au cours de l’été 1773, et sans doute à d’autres reprises au cours de la décennie 1770, avec son mécène Pierre-Jacques Onésyme Bergeret de Grandcourt, qui a notamment financé son grand voyage en Italie (Raux, op. cit.). Fragonard achète aussi à la vente de François Boucher le 18 février 1771, deux cent quatre-vingts estampes d’après les maîtres des Pays-Bas et soixante-neuf dessins de Rembrandt et de son école (Blumenfeld, op. cit., p. 39) qui seront d’une grande inspiration pour l’artiste.
L’iconographie du luth
Quant au sujet iconographique, selon les musicologues, il est fort probable que Fragonard reproduise ici un cliché, topos issu d’un répertoire de modèles, le plus souvent gravés et non réalisés d’après un modèle vivant. A la fin du XVIIIe siècle, peu de jeunes femmes jouent du luth, les représentations de dos sont encore plus rares, citons une sanguine du peintre flamand originaire de Bruges, Johan Anton Garemyn (1712-1799), conservé à l’Art Institute de Chicago (fig. 2 ; inv. 1971.319). En revanche, cet instrument était très courant un siècle auparavant, notamment dans les milieux flamands et hollandais, mais il était également utilisé dans le reste de l’Europe, y compris en France.
Chez Fragonard, l’instrument est représenté d’une manière assez inhabituelle, le but n’étant pas documentaire mais bien purement artistique. Ainsi, l’inclinaison du chevillier par rapport au manche et la longueur de ce manche ne sont pas fidèles à la réalité. Normalement, lorsque le chevillier est incliné à 70° ou 80° degrés, il possède un manche court. Sinon lorsqu’il se trouve à l’extrémité – comme ici – il devrait être droit et sans angle, directement dans le prolongement du manche. Le chevillier incliné au bout du long manche serait trop fragile. L’une des seules représentations connues est probablement ce tableau de Jan Molenaer (1610-1668), Le Duo (fig. 3 ; Seattle Art Museum, inv. 61.162) mais où le luth, joué par un homme, possède deux chevilliers : l’un au centre et l’autre à l’extrémité (et non un seul comme sur le présent dessin).
Fragonard et la musique
La musique est très présente dans l’iconographie fragonardesque mais également chez Marguerite Gérard, et les deux artistes ont probablement été très fortement influencés par les hollandais comme évoqué précédemment. Carole Blumenfeld rapproche ainsi la présente composition d’un tableau de Jacob Ochtervelt, La Sérénade, daté 1669, conservé à la Kunsthalle de Brême (Blumenfeld, op. cit., p. 36, ill. 18) où un homme joue de la guitare dans la pénombre, tandis que la femme de dos qui l’écoute et le regarde, présente des similitudes avec la présente musicienne.
Stylistiquement, l’importance et la vivacité du graphite sous-jacent recouvert d’un lumineux lavis brun font référence aux lavis des années 1775-1785 telle La Jeune fille consultant un dessin (1775), conservée au musée Marmottan à Paris (inv. 4006 ; Fragonard. Poesie & Leidenschaft, cat. exp., Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle, n°48) ou L’Adoration des Bergers au musée du Louvre (inv. RF31875 ; ibid., n° 52).
Nous remercions Joseba Berrocal du conservatoire supérieur de musique de Castille-et-León pour son aide apportée à la rédaction de cette notice.
Fig. 1 M. Gérard, La Leçon de luth, huile sur toile, collection particulière
Fig. 2 J. A. Garemyn, Un joueur de luth et un luth, sanguine, Chicago, Art Institute
Fig. 3 J. Molenaer, Le Duo, huile sur toile, Seattle Art Museum
En effet, Marguerite Gérard, la belle-sœur de Fragonard, s’installe à Paris, après la mort de sa mère, chez sa sœur cadette Marie-Anne Gérard et son mari Jean-Honoré Fragonard. Très rapidement, elle devient son élève et sa collaboratrice principale avant de s’émanciper de son maître. Son tableau de jeunesse, peint vers 1783-1784 et correspondant à la composition du présent dessin, a été redécouvert dans une collection anglaise en 2014 (fig. 1 ; C. Blumenfeld, Marguerite Gérard 1761-1837, Montreuil, 2019, n° P1, ill. p. 3). Si la confusion au sujet de la paternité des œuvres entre Fragonard et Marguerite Gérard a pu être un sujet, ici le cas est très limpide, l’huile sur toile de La Leçon de Luth étant le plus ancien tableau documenté sous le nom de ‘Mademoiselle Gérard’, apparaissant décrit comme tel dans une vente aux enchères, le 20 décembre 1785, lot 116.
Fragonard et les peintres du Nord
Cette composition d’une musicienne debout jouant du luth face à un homme assis autour d’une table recouverte d’un tapis d’Orient, rappellent ceux des natures mortes hollandaises du Siècle d’Or. Comme l’a démontré Sophie Raux en 2006, Fragonard n’a pas uniquement copié les maîtres italiens mais également les maîtres hollandais, de Van Dyck à Rubens, en passant par Rembrandt (S. Raux, ‘Fragonard y los maestros del norte, in Jean-Honoré Fragonard (1732-1806). Origines e influencias. De Rembrandt al siglo XXI, cat. exp., Barcelone, CaixaForum. Centro Social y Cultural, 2006-2007, pp. 41-47). Il se rend en Flandres et en Hollande au cours de l’été 1773, et sans doute à d’autres reprises au cours de la décennie 1770, avec son mécène Pierre-Jacques Onésyme Bergeret de Grandcourt, qui a notamment financé son grand voyage en Italie (Raux, op. cit.). Fragonard achète aussi à la vente de François Boucher le 18 février 1771, deux cent quatre-vingts estampes d’après les maîtres des Pays-Bas et soixante-neuf dessins de Rembrandt et de son école (Blumenfeld, op. cit., p. 39) qui seront d’une grande inspiration pour l’artiste.
L’iconographie du luth
Quant au sujet iconographique, selon les musicologues, il est fort probable que Fragonard reproduise ici un cliché, topos issu d’un répertoire de modèles, le plus souvent gravés et non réalisés d’après un modèle vivant. A la fin du XVIIIe siècle, peu de jeunes femmes jouent du luth, les représentations de dos sont encore plus rares, citons une sanguine du peintre flamand originaire de Bruges, Johan Anton Garemyn (1712-1799), conservé à l’Art Institute de Chicago (fig. 2 ; inv. 1971.319). En revanche, cet instrument était très courant un siècle auparavant, notamment dans les milieux flamands et hollandais, mais il était également utilisé dans le reste de l’Europe, y compris en France.
Chez Fragonard, l’instrument est représenté d’une manière assez inhabituelle, le but n’étant pas documentaire mais bien purement artistique. Ainsi, l’inclinaison du chevillier par rapport au manche et la longueur de ce manche ne sont pas fidèles à la réalité. Normalement, lorsque le chevillier est incliné à 70° ou 80° degrés, il possède un manche court. Sinon lorsqu’il se trouve à l’extrémité – comme ici – il devrait être droit et sans angle, directement dans le prolongement du manche. Le chevillier incliné au bout du long manche serait trop fragile. L’une des seules représentations connues est probablement ce tableau de Jan Molenaer (1610-1668), Le Duo (fig. 3 ; Seattle Art Museum, inv. 61.162) mais où le luth, joué par un homme, possède deux chevilliers : l’un au centre et l’autre à l’extrémité (et non un seul comme sur le présent dessin).
Fragonard et la musique
La musique est très présente dans l’iconographie fragonardesque mais également chez Marguerite Gérard, et les deux artistes ont probablement été très fortement influencés par les hollandais comme évoqué précédemment. Carole Blumenfeld rapproche ainsi la présente composition d’un tableau de Jacob Ochtervelt, La Sérénade, daté 1669, conservé à la Kunsthalle de Brême (Blumenfeld, op. cit., p. 36, ill. 18) où un homme joue de la guitare dans la pénombre, tandis que la femme de dos qui l’écoute et le regarde, présente des similitudes avec la présente musicienne.
Stylistiquement, l’importance et la vivacité du graphite sous-jacent recouvert d’un lumineux lavis brun font référence aux lavis des années 1775-1785 telle La Jeune fille consultant un dessin (1775), conservée au musée Marmottan à Paris (inv. 4006 ; Fragonard. Poesie & Leidenschaft, cat. exp., Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle, n°48) ou L’Adoration des Bergers au musée du Louvre (inv. RF31875 ; ibid., n° 52).
Nous remercions Joseba Berrocal du conservatoire supérieur de musique de Castille-et-León pour son aide apportée à la rédaction de cette notice.
Fig. 1 M. Gérard, La Leçon de luth, huile sur toile, collection particulière
Fig. 2 J. A. Garemyn, Un joueur de luth et un luth, sanguine, Chicago, Art Institute
Fig. 3 J. Molenaer, Le Duo, huile sur toile, Seattle Art Museum
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