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La forêt
Details
Jean Dubuffet (1901-1985)
La forêt
signé et daté 'J. Dubuffet 59' (en haut à droite)
éléments botaniques et gouache sur papier
50.9 x 56.4 cm.
Exécuté en août 1959
signed and dated 'J. Dubuffet 59' (upper right)
botanical elements and gouache on paper
20 x 22 ¼ in.
Executed in August 1959
La forêt
signé et daté 'J. Dubuffet 59' (en haut à droite)
éléments botaniques et gouache sur papier
50.9 x 56.4 cm.
Exécuté en août 1959
signed and dated 'J. Dubuffet 59' (upper right)
botanical elements and gouache on paper
20 x 22 ¼ in.
Executed in August 1959
Provenance
Pierre Matisse Gallery, New York.
Pace Wildenstein, New York.
Ronald S. Lauder, New York.
Collection particulière (acquis auprès de celle-ci)
Vente, Sotheby's, Londres, 1 juillet 2015, lot 53.
Acquis au cours de cette vente par les propriétaires actuels.
Pace Wildenstein, New York.
Ronald S. Lauder, New York.
Collection particulière (acquis auprès de celle-ci)
Vente, Sotheby's, Londres, 1 juillet 2015, lot 53.
Acquis au cours de cette vente par les propriétaires actuels.
Literature
M. Loreau, Catalogue des Travaux de Jean Dubuffet, Fascicule XVII: Matériologies, Lausanne, 1969, pp. 163 et 166, no. 4 (illustré).M. Loreau, Jean Dubuffet : délits, déportements, lieux de haut jeu, Paris, 1971, p. 603 (illustré, p. 329).
Exhibited
New York, Pierre Matisse Gallery, Retrospective Jean Dubuffet : 1943-1959, novembre-décembre, 1959, no. 74 (illustré).New York, The Museum of Modern Art; Chicago, The Art Institute of Chicago et Los Angeles, Los Angeles County Museum of Art, The Work of Jean Dubuffet, février-août 1962, p. 185, no. 159 (illustré, p. 152).Berlin, Akademie der Künste; Vienne, Museum Moderner Kunst, Museum des 20 Jahrhunderts et Cologne, Josef-Haubrich-Kunsthalle, Dubuffet : Retrospektive, septembre 1980-férvier 1981, p. 193, no. 180 (illustré, pp. 193 et 351).Osaka, The National Museum of Art, Jean Dubuffet: the early works 1940s-1950s, juin-août 1993, p. 115, no. 49 (illustré).New York, Pace Wildenstein, Jean Dubuffet: The Radiant Earth, février-mars 1996, p. 70 (illustré en couleurs).New York, Acquavella Galleries, Jean Dubuffet, Anticultural Positions, avril-juin 2016, p. 178, no. 45 (illustré en couleurs).
Further details
"Tout l’appareil habituel de la peinture—toiles, chevalets, pinceaux, tubes de couleur—exercent une action paralysante sur celui qui s’en sert." - Jean Dubuffet
"All of the usual tools of painting—canvases, easels, brushes, paint tubes—bring about a paralysing effect on whoever uses them." - Jean Dubuffet
"[Les Éléments botaniques représentent] une humeur alchimiste plus qu’agreste. Ils sont alchimiques et microscopiques." - Jean Dubuffet
"[The Éléments botaniques represent] ... the mood of an alchemist rather than that of a rustic. They are alchemical and microcosmic." - Jean Dubuffet
« L’art doit naître de la matière. […] La spiritualité doit emprunter le langage de la matière. Chaque matière a un langage, est un langage » (Jean Dubuffet, « Notes pour les fins lettrés », 1945, dans H. Damisch [dir.], Prospectus et tous écrits suivants, vol. 2, Paris, 1967, p. 26).
À travers son approche radicale des médiums comme des formes, Dubuffetexplore la continuité entre l’énergie de la matérialité et celle du vivant : il choisit de représenter l’animation de la ville aussi bien que les processus de croissance et de décomposition observés dans la nature. En s’affranchissant des traditions en matière de genres picturaux – et en refusant notamment les canons de la représentation du paysage –, le peintre se détourne ouvertement des conventions artistiques de son époque pour mieux célébrer la beauté du monde environnant. Les deux oeuvres présentées ici, Paysage noir, 1946 (lot 22) et La Forêt, 1959 (lot 21), font partie des deux des séries les plus importantes de la première période de Dubuffet. Paysage noir, qui a appartenu pendant plus de vingt ans à l’épouse de l’artiste, Lili Dubuffet, s’inscrit dans la série des Paysages féeriques réalisés à Paris durant l’été 1946. Ces tableaux présentent une ligne d’horizon en partie supérieure, et montrent des visages souriants au milieu de bâtiments et d’arbres stylisés. De fines lignes blanches, teintées de bleu, apparaissent comme incisées dans la surface sombre travaillée à l’encre noire de Chine. Cet aspect raviné, rappelant le sgraffito, évoque les « hautes pâtes », ces épais aplats de peinture, plâtre, sable, goudron et autres matières que Dubuffet commençait alors à utiliser. On le retrouve également dans la série de lithographies Matière et mémoire (1944-1945) : pour réaliser ces lithos, le peintre frottait les pierres lithographiques avec du papier de verre afin de recréer les traces d’usure du temps.Inspiré par les dessins d’enfants, les arts primitifs et l’art produit par les patients des hôpitaux psychiatriques, Dubuffet prône un renversement radical des conventions picturales à travers la puissance infinie de ce qu’il nomme « l’Art brut ». À cette époque, le peintre est également fasciné par l’esthétique des murs parisiens, immortalisée notamment par le photographe Brassaï. Souvent déchirés et couverts de graffitis, ces murs sont les témoins des vies passées et présentes de la ville. Dubuffet voit en eux un lieu d’expression fondamental, bien plus subversif que les peintures raffinées issues de la tradition académique. Paysage noir en capte ici la vibration à une échelle intime. On notera que Grand paysage noir (1946), conservé à la Tate Gallery de Londres, fait écho à la présente oeuvre.Si l’art de Dubuffet est né dans la rugosité urbaine du Paris d’après-guerre, le peintre se laisse de plus en plus gagner par l’influence de la nature après son installation à Vence en 1955. La Forêt appartient à sa série des Éléments botaniques, qui traduit l’intérêt manifeste de l’artiste pour son nouvel environnement rural. Ces oeuvres débordent de l’énergie organique des jardins envahis, des murs délabrés et des sentiers de campagne qui l’entourent. Issues de sa série Texturologies – des surfaces terreuses et scintillantes dont les couches de pigments et d’huiles minérales évoquent la vie du sol –, elles intègrent des matériaux directement prélevés dans la nature. Dans La Forêt, le peintre élabore ainsi un paysage à partir d’un collage de feuilles séchées.
Ainsi, Dubuffet compose une mosaïque de formes végétales, mélangant des feuilles entières de tabac (dont les silhouettes nervurées évoquent des arbres) avec d’autres fragments de feuilles, d’écorce et de pétales. Il peint par endroits des lignes sombres sur la surface du papier, accentuant ainsi les nervures naturelles et les divisions entre les éléments. L’artiste trace également une ligne d’horizon dans la partie supérieure du tableau et remplit les espaces vacants par des touches ocres et sépia. Ayant précédemment appartenu à la collection de Ronald S. Lauder, La Forêt a été depuis régulièrement exposée, notamment lors d’une rétrospective de l’oeuvre de Dubuffet au Museum of Modern Art à New York en 1962, ainsi que lors de sa rétrospective itinérante à travers l’Allemagne en 1981.
"Art must arise from the material", said Jean Dubuffet. "Spirituality must borrow the language of the material. Each material has a language, is a language" (J. Dubuffet, 'Notes pour les fins lettrés', 1945, in H. Damisch (ed.), Prospectus et tous écrits suivants, vol. 2, Paris 1967, p. 26).
Through his radical approach to media and form, Dubuffet explored a continuity between this material energy and the life of the world, from the busy humanity of the city to the growth and decay found in nature. He turned away from artistic convention—subverting the traditions of painterly genre, and refusing the elevated, distant portrayal of landscape—in order to celebrate the often overlooked beauty that surrounds us. The present two works, Paysage noir, 1946 (lot 22) and La forêt, 1959 (lot 21), belong to two of Dubuffet’s most important early series.Paysage noir, which was owned for over two decades by the artist’s wife, Lili, is one of a group of Paysages féeriques Dubuffet made in Paris in the summer of 1946. With the high horizon line typical of his landscapes, they present smiling figures amid schematic buildings and distinctive crown-shaped trees. Here, fine bluish-white lines over a ground of black India ink create the impression of forms incised into the dark surface. This scoured, sgraffito-like appearance evokes the hautes pâtes or "thick pastes" of paint, plaster, sand, tar and other matter Dubuffet had begun to use in his paintings of the period, as well as the seminal lithograph series Matière et mémoire of 1944–45, for which he rubbed and scratched the lithographic stones with sandpaper to create similarly timeworn effects. Inspired by the art of children, tribal societies and asylum inmates, Dubuffet declared an upending of art-historical ideals, seeking to invigorate a convention-bound world through the elemental, uninhibited vivacity of what he called Art brut: "raw art." He was fascinated by the scarred, graffitiinscribed walls of Paris at this time, which bore witness to the past and present lives of the city, and had been immortalised in the photographs of Brassaï.He saw the wall as a site of primal expression, its traces more vital than the refined paintings of academic tradition. Paysage noir captures this energy on a charged, intimate scale. A closely related painting from the series, Grand paysage noir, 1946, is in the collection of the Tate, London.If Dubuffet’s art had been born in the urban grit of post-war Paris, he looked increasingly to nature following his move to Vence in 1955. La forêt, 1959, belongs to his series of Éléments botaniques, which reflected the artist’s close interest in his new rural environs. These works burst with the organic vigour of overgrown gardens, tumbledown walls and country roads. Developing from his Texturologies—earthy, sparkling surfaces whose complex layers of pigments and mineral oils evoked the life of the soil— they used materials taken directly from the land itself. La forêt conjures a landscape from a collage of dried leaves.Dubuffet lays the vegetation down in a mosaic of botanical form, combining whole tobacco leaves—whose stemmed silhouettes evoke trees in miniature—with other leaf fragments, bark and petals. In places he paints dark lines over the papery surface, accentuating natural veins or the divisions between parts. He outlines a horizon against the glimpse of sky at the picture’s upper edge, and fills in negative spaces with marbled strokes of ochre and sepia tones. Previously in the collection of Ronald S. Lauder, La forêt has been widely exhibited, including in a survey of Dubuffet’s work at the Museum of Modern Art, New York in 1962 and his three-venue retrospective in Germany in 1981.
"All of the usual tools of painting—canvases, easels, brushes, paint tubes—bring about a paralysing effect on whoever uses them." - Jean Dubuffet
"[Les Éléments botaniques représentent] une humeur alchimiste plus qu’agreste. Ils sont alchimiques et microscopiques." - Jean Dubuffet
"[The Éléments botaniques represent] ... the mood of an alchemist rather than that of a rustic. They are alchemical and microcosmic." - Jean Dubuffet
« L’art doit naître de la matière. […] La spiritualité doit emprunter le langage de la matière. Chaque matière a un langage, est un langage » (Jean Dubuffet, « Notes pour les fins lettrés », 1945, dans H. Damisch [dir.], Prospectus et tous écrits suivants, vol. 2, Paris, 1967, p. 26).
À travers son approche radicale des médiums comme des formes, Dubuffetexplore la continuité entre l’énergie de la matérialité et celle du vivant : il choisit de représenter l’animation de la ville aussi bien que les processus de croissance et de décomposition observés dans la nature. En s’affranchissant des traditions en matière de genres picturaux – et en refusant notamment les canons de la représentation du paysage –, le peintre se détourne ouvertement des conventions artistiques de son époque pour mieux célébrer la beauté du monde environnant. Les deux oeuvres présentées ici, Paysage noir, 1946 (lot 22) et La Forêt, 1959 (lot 21), font partie des deux des séries les plus importantes de la première période de Dubuffet. Paysage noir, qui a appartenu pendant plus de vingt ans à l’épouse de l’artiste, Lili Dubuffet, s’inscrit dans la série des Paysages féeriques réalisés à Paris durant l’été 1946. Ces tableaux présentent une ligne d’horizon en partie supérieure, et montrent des visages souriants au milieu de bâtiments et d’arbres stylisés. De fines lignes blanches, teintées de bleu, apparaissent comme incisées dans la surface sombre travaillée à l’encre noire de Chine. Cet aspect raviné, rappelant le sgraffito, évoque les « hautes pâtes », ces épais aplats de peinture, plâtre, sable, goudron et autres matières que Dubuffet commençait alors à utiliser. On le retrouve également dans la série de lithographies Matière et mémoire (1944-1945) : pour réaliser ces lithos, le peintre frottait les pierres lithographiques avec du papier de verre afin de recréer les traces d’usure du temps.Inspiré par les dessins d’enfants, les arts primitifs et l’art produit par les patients des hôpitaux psychiatriques, Dubuffet prône un renversement radical des conventions picturales à travers la puissance infinie de ce qu’il nomme « l’Art brut ». À cette époque, le peintre est également fasciné par l’esthétique des murs parisiens, immortalisée notamment par le photographe Brassaï. Souvent déchirés et couverts de graffitis, ces murs sont les témoins des vies passées et présentes de la ville. Dubuffet voit en eux un lieu d’expression fondamental, bien plus subversif que les peintures raffinées issues de la tradition académique. Paysage noir en capte ici la vibration à une échelle intime. On notera que Grand paysage noir (1946), conservé à la Tate Gallery de Londres, fait écho à la présente oeuvre.Si l’art de Dubuffet est né dans la rugosité urbaine du Paris d’après-guerre, le peintre se laisse de plus en plus gagner par l’influence de la nature après son installation à Vence en 1955. La Forêt appartient à sa série des Éléments botaniques, qui traduit l’intérêt manifeste de l’artiste pour son nouvel environnement rural. Ces oeuvres débordent de l’énergie organique des jardins envahis, des murs délabrés et des sentiers de campagne qui l’entourent. Issues de sa série Texturologies – des surfaces terreuses et scintillantes dont les couches de pigments et d’huiles minérales évoquent la vie du sol –, elles intègrent des matériaux directement prélevés dans la nature. Dans La Forêt, le peintre élabore ainsi un paysage à partir d’un collage de feuilles séchées.
Ainsi, Dubuffet compose une mosaïque de formes végétales, mélangant des feuilles entières de tabac (dont les silhouettes nervurées évoquent des arbres) avec d’autres fragments de feuilles, d’écorce et de pétales. Il peint par endroits des lignes sombres sur la surface du papier, accentuant ainsi les nervures naturelles et les divisions entre les éléments. L’artiste trace également une ligne d’horizon dans la partie supérieure du tableau et remplit les espaces vacants par des touches ocres et sépia. Ayant précédemment appartenu à la collection de Ronald S. Lauder, La Forêt a été depuis régulièrement exposée, notamment lors d’une rétrospective de l’oeuvre de Dubuffet au Museum of Modern Art à New York en 1962, ainsi que lors de sa rétrospective itinérante à travers l’Allemagne en 1981.
"Art must arise from the material", said Jean Dubuffet. "Spirituality must borrow the language of the material. Each material has a language, is a language" (J. Dubuffet, 'Notes pour les fins lettrés', 1945, in H. Damisch (ed.), Prospectus et tous écrits suivants, vol. 2, Paris 1967, p. 26).
Through his radical approach to media and form, Dubuffet explored a continuity between this material energy and the life of the world, from the busy humanity of the city to the growth and decay found in nature. He turned away from artistic convention—subverting the traditions of painterly genre, and refusing the elevated, distant portrayal of landscape—in order to celebrate the often overlooked beauty that surrounds us. The present two works, Paysage noir, 1946 (lot 22) and La forêt, 1959 (lot 21), belong to two of Dubuffet’s most important early series.Paysage noir, which was owned for over two decades by the artist’s wife, Lili, is one of a group of Paysages féeriques Dubuffet made in Paris in the summer of 1946. With the high horizon line typical of his landscapes, they present smiling figures amid schematic buildings and distinctive crown-shaped trees. Here, fine bluish-white lines over a ground of black India ink create the impression of forms incised into the dark surface. This scoured, sgraffito-like appearance evokes the hautes pâtes or "thick pastes" of paint, plaster, sand, tar and other matter Dubuffet had begun to use in his paintings of the period, as well as the seminal lithograph series Matière et mémoire of 1944–45, for which he rubbed and scratched the lithographic stones with sandpaper to create similarly timeworn effects. Inspired by the art of children, tribal societies and asylum inmates, Dubuffet declared an upending of art-historical ideals, seeking to invigorate a convention-bound world through the elemental, uninhibited vivacity of what he called Art brut: "raw art." He was fascinated by the scarred, graffitiinscribed walls of Paris at this time, which bore witness to the past and present lives of the city, and had been immortalised in the photographs of Brassaï.He saw the wall as a site of primal expression, its traces more vital than the refined paintings of academic tradition. Paysage noir captures this energy on a charged, intimate scale. A closely related painting from the series, Grand paysage noir, 1946, is in the collection of the Tate, London.If Dubuffet’s art had been born in the urban grit of post-war Paris, he looked increasingly to nature following his move to Vence in 1955. La forêt, 1959, belongs to his series of Éléments botaniques, which reflected the artist’s close interest in his new rural environs. These works burst with the organic vigour of overgrown gardens, tumbledown walls and country roads. Developing from his Texturologies—earthy, sparkling surfaces whose complex layers of pigments and mineral oils evoked the life of the soil— they used materials taken directly from the land itself. La forêt conjures a landscape from a collage of dried leaves.Dubuffet lays the vegetation down in a mosaic of botanical form, combining whole tobacco leaves—whose stemmed silhouettes evoke trees in miniature—with other leaf fragments, bark and petals. In places he paints dark lines over the papery surface, accentuating natural veins or the divisions between parts. He outlines a horizon against the glimpse of sky at the picture’s upper edge, and fills in negative spaces with marbled strokes of ochre and sepia tones. Previously in the collection of Ronald S. Lauder, La forêt has been widely exhibited, including in a survey of Dubuffet’s work at the Museum of Modern Art, New York in 1962 and his three-venue retrospective in Germany in 1981.
Brought to you by

Antoine Lebouteiller
International Specialist