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Ruelle du midi
Details
Pierre Bonnard (1867-1947)
Ruelle du midi
huile sur toile
39.5 x 48.7 cm.
Peint vers 1946
oil on canvas
15 3⁄8 x 19 1⁄8 in.
Painted circa 1946
Ruelle du midi
huile sur toile
39.5 x 48.7 cm.
Peint vers 1946
oil on canvas
15 3⁄8 x 19 1⁄8 in.
Painted circa 1946
Provenance
Atelier de l'artiste.
Puis par descendance au propriétaire actuel
Puis par descendance au propriétaire actuel
Literature
J. et H. Dauberville, Bonnard, Catalogue raisonné de l'œuvre peint, 1940-1947 et supplément 1887-1939, Paris, 1974, vol. IV, p. 91, no. 1671 (illustré).
Further details
Qu’il se trouve en Normandie, à La Baule ou au Cannet, Bonnard se livre chaque matin au même rituel : il part en promenade, parfois accompagné de son chien, toujours avec un petit carnet de dessin dans la poche. Il s’agit pour lui de faire le plein d’émotion mais aussi de se constituer un répertoire de formes à partir duquel il construira par la suite ses tableaux, une fois revenu à l’atelier. Il en résulte des œuvres aux sujets qui semblent banals, et qui parfois déconcertent les historiens de l’art en quête de sensationnel. C’est que ceux-ci ne mesurent peut-être pas suffisamment combien ces toiles sont essentielles, en témoigne Ruelle du Midi : baignés de lumière, les architectures perdent progressivement toute volumétrie. Les jaunes et les roses saturent l’espace de leurs tons irradiés de soleil. Tout semble minéral, presque abstrait. Les différents motifs sont juxtaposés les uns aux autres, comme s’ils avaient été construits par collage. Une passante, un lampadaire de rue, une ombre portée qui se teinte en bleu, un arbre en fleurs à droite, viennent toutefois contrebalancer et équilibrer ces grandes zones claires.
L’on songe à la manière avec laquelle Matisse architecturait ses tableaux. A ce Matisse dont Bonnard possédait des œuvres, qu’il fréquente régulièrement depuis son installation dans le Midi et auquel il écrivait en janvier 1940 : « Je suis content que mes recherches soient appréciées par vous. Quand je pense à vous, je pense à un esprit nettoyé de toute vieille convention esthétique, c’est cela seul qui permet une vue directe sur la nature, le plus grand bonheur qui puisse arriver à un peintre. »[1] Il ajoute quelques semaines plus tard : « Je travaille pas mal surtout dans le sens de la compréhension. Dans mes promenades du matin je m'amuse à définir les différentes conceptions de paysages, paysage intime, paysage décoratif, etc. Mais comme vision je vois chaque jour des choses différentes, le ciel, les objets, tout change continuellement, on peut se noyer là-dedans. Mais cela fait vivre. »[2] Ces tableaux ne sont en rien anecdotiques !
Whether in Normandy, La Baule, or Le Cannet, Bonnard devoted himself to the same daily ritual: each morning he set out for a walk, sometimes accompanied by his dog, always with a small sketchbook in his pocket. These promenades were essential to his practice. They allowed him to absorb fleeting sensations and to assemble a personal vocabulary of forms, which he would later draw upon in the solitude of the studio.
From this disciplined yet intuitive process emerged works whose subjects may appear disarmingly modest, occasionally perplexing those in search of overt drama. Yet paintings such as Ruelle du Midi demonstrate how fundamental these scenes were to Bonnard’s art. Bathed in radiant southern light, the architecture gradually dissolves, losing its volumetric solidity. Yellows and pinks saturate the surface, suffusing the composition with sun-drenched intensity. The scene becomes almost mineral, verging on abstraction. Forms are juxtaposed as though constructed through collage.
Yet a passerby, a streetlamp, a cast shadow tinged with blue, a flowering tree to the right, counterbalance and temper these broad luminous zones.
One is reminded of the structural clarity with which Henri Matisse architected his own compositions. Bonnard, who owned works by Matisse and saw him regularly after settling in the South of France. Writing in January 1940, he observed: “I am pleased that you appreciate my research. When I think of you, I think of a mind cleansed of all old aesthetic conventions; that alone permits a direct view of nature, the greatest happiness that can come to a painter.” Weeks later he added: “I am working quite a lot, above all towards understanding.
On my morning walks I amuse myself defining different conceptions of landscape, landscape as ‘space,’ intimate landscape, decorative landscape, etc. Yet in vision I see different things every day; the sky, the objects, everything changes continually, one can drown in it. But it makes one feel alive.” Indeed, these paintings are far from simply anecdotal.
[1] « Lettre de Pierre Bonnard à Henri Matisse », janvier 1940, citée in Bonnard Matisse Correspondance 1925-1946, préface de Jean Clair, introduction et notes d’Antoine Terrasse, Paris, Gallimard, collection « Art et Artistes », 1991, p. 64.
[2] « Lettre de Pierre Bonnard à Henri Matisse », fin février-début mars 1940, citée in Bonnard Matisse Correspondance 1925-1946, préface de Jean Clair, introduction et notes d’Antoine Terrasse, Paris, Gallimard, collection « Art et Artistes », 1991, p. 68.
L’on songe à la manière avec laquelle Matisse architecturait ses tableaux. A ce Matisse dont Bonnard possédait des œuvres, qu’il fréquente régulièrement depuis son installation dans le Midi et auquel il écrivait en janvier 1940 : « Je suis content que mes recherches soient appréciées par vous. Quand je pense à vous, je pense à un esprit nettoyé de toute vieille convention esthétique, c’est cela seul qui permet une vue directe sur la nature, le plus grand bonheur qui puisse arriver à un peintre. »[1] Il ajoute quelques semaines plus tard : « Je travaille pas mal surtout dans le sens de la compréhension. Dans mes promenades du matin je m'amuse à définir les différentes conceptions de paysages, paysage intime, paysage décoratif, etc. Mais comme vision je vois chaque jour des choses différentes, le ciel, les objets, tout change continuellement, on peut se noyer là-dedans. Mais cela fait vivre. »[2] Ces tableaux ne sont en rien anecdotiques !
Whether in Normandy, La Baule, or Le Cannet, Bonnard devoted himself to the same daily ritual: each morning he set out for a walk, sometimes accompanied by his dog, always with a small sketchbook in his pocket. These promenades were essential to his practice. They allowed him to absorb fleeting sensations and to assemble a personal vocabulary of forms, which he would later draw upon in the solitude of the studio.
From this disciplined yet intuitive process emerged works whose subjects may appear disarmingly modest, occasionally perplexing those in search of overt drama. Yet paintings such as Ruelle du Midi demonstrate how fundamental these scenes were to Bonnard’s art. Bathed in radiant southern light, the architecture gradually dissolves, losing its volumetric solidity. Yellows and pinks saturate the surface, suffusing the composition with sun-drenched intensity. The scene becomes almost mineral, verging on abstraction. Forms are juxtaposed as though constructed through collage.
Yet a passerby, a streetlamp, a cast shadow tinged with blue, a flowering tree to the right, counterbalance and temper these broad luminous zones.
One is reminded of the structural clarity with which Henri Matisse architected his own compositions. Bonnard, who owned works by Matisse and saw him regularly after settling in the South of France. Writing in January 1940, he observed: “I am pleased that you appreciate my research. When I think of you, I think of a mind cleansed of all old aesthetic conventions; that alone permits a direct view of nature, the greatest happiness that can come to a painter.” Weeks later he added: “I am working quite a lot, above all towards understanding.
On my morning walks I amuse myself defining different conceptions of landscape, landscape as ‘space,’ intimate landscape, decorative landscape, etc. Yet in vision I see different things every day; the sky, the objects, everything changes continually, one can drown in it. But it makes one feel alive.” Indeed, these paintings are far from simply anecdotal.
[1] « Lettre de Pierre Bonnard à Henri Matisse », janvier 1940, citée in Bonnard Matisse Correspondance 1925-1946, préface de Jean Clair, introduction et notes d’Antoine Terrasse, Paris, Gallimard, collection « Art et Artistes », 1991, p. 64.
[2] « Lettre de Pierre Bonnard à Henri Matisse », fin février-début mars 1940, citée in Bonnard Matisse Correspondance 1925-1946, préface de Jean Clair, introduction et notes d’Antoine Terrasse, Paris, Gallimard, collection « Art et Artistes », 1991, p. 68.
Brought to you by

Valérie Didier
Head of Department